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The Cave de Steve Reich et Beryl Korot, Festival de Vienne, 1993

The Cave de Steve Reich et Beryl Korot

du lundi 28 octobre 2002 jusqu'au dimanche 5 janvier 2003

La grotte des Patriarches, située à Hébron, en Cisjordanie, est vénérée à la fois par les juifs et par les musulmans. Elle est la métaphore centrale de l'opéra vidéo The Cave de Steve Reich (musique) et de Beryl Korot (vidéo) programmé en 1993 par le Festival d'Automne à Paris et la MC 93-Bobigny, et dont le mahJ présente l'installation vidéo

The Cave de Steve Reich et Beryl Korot, Festival de Vienne, 1993

The Cave de Steve Reich et Beryl Korot, Festival de Vienne, 1993

La grotte des Patriarches

La Bible (Genèse 23) raconte qu'Abraham acheta la grotte de Makpela à Ephron le Hittite, afin d'y enterrer sa femme Sarah. Le caveau des Patriarches, ainsi qu'il fut nommé par la suite, ne servit pas seulement de sépulture à Sarah, mais aussi à Abraham et à leurs descendants.

La grotte possède également une grande signification religieuse pour les musulmans. Alors que les juifs sont descendants d'Abraham et de Sarah à partir de leur fils Isaac, les musulmans fondent leur descendance d'Abraham à partir d'Ismaël, le fils d'Abraham et d'Agar, servante de Sarah.

La grotte est aujourd'hui enclavée dans un secteur urbanisé et inaccessible. Les vestiges des constructions qui l'ont surmontée témoignent d'une longue histoire de conflits d'appartenance.

Un opéra vidéo

The Cave est divisé en trois actes. Dans chaque acte sont posées les mêmes questions à différents groupes de personnes : Que représente pour vous Abraham ? Que représente pour vous Sarah ? Que représente pour vous Agar ? Que représente pour vous Ismaël ? Que représente pour vous Isaac ?  Au premier acte sont interrogés des Israéliens, au deuxième des Palestiniens, et au troisième des Américains.

« Les témoignages et les réponses apportées aux questions concernant Abraham, ancêtre légendaire commun, par les trois groupes respectifs, au cours des trois actes, constituent le matériau brut de l'œuvre entière.

Ils ont été fragmentés, approfondis, répétés pour former une base mélodique malléable, sorte de portrait musical qui autorise les chevauchements et les entrelacs les plus complexes. L'intonation, les paroles des personnes interviewées et filmées en plan fixe, avec respect, forment donc l'ossature de l'œuvre entrecoupée d'extraits congrus de la Genèse, du Midrash et du Coran.

Ces bribes de propos sont ensuite systématiquement doublées, enveloppées, développées, nourries par l'orchestre pour accroître leur portée lyrique et universelle. »

Jean-Louis Vicente

« Quand j'ai réalisé ma première installation à canaux multiples, Dachau 1974, j'ai étudié à la fois la technique du film et celle, plus ancienne, du métier à tisser pour savoir comment travailler en multiples. Et c'est à partir de là que j'ai développé mon travail pour The Cave. D'un côté, l'œuvre reste essentiellement frontale et doit se lire comme une unité. C'est là ma fidélité au film. Mais afin de mettre au point des techniques adaptées à cette nouvelle forme de narration, je me suis tournée vers l'ancien instrument de préparation du métier à tisser en concevant chaque canal comme un fil qui entre dans la composition d'un tissage. [...]

J'ai choisi cinq écrans à cause de l'éventail de jeux qu'ils offrent pour emmêler les fils, si je puis m'exprimer ainsi, et parce que l'on continue à en voir cinq en un seul, ce qui permet de conserver un objectif visuel serré. »

Beryl Korot interviewée par Jonathan Cott, 1993

Steve Reich et Beryl Korot

« Dès le départ, nous savions que, dans cet endroit, résonnaient l'écho d'un passé immémorial, mais aussi celui du conflit israélo-arabe actuel. Néanmoins, nous avons décidé de nous tenir à l'écart de la politique au Moyen-Orient et de nous attacher aux réponses des Israéliens, des Palestiniens et des Américains, à qui nous avons demandé ce que leur évoquent les personnages que la Bible et le Coran associent à ce lieu. Par ce biais, les événements actuels entraient indirectement en dialogue avec ce lointain passé.

La plupart des Américains que nous avons interrogés ne connaissaient quasiment rien sur Abraham, Sarah, Agard, Ismaël ou Isaac, et ne se sentaient aucun lien avec cette grotte lointaine et presque oubliée, où pourtant leur propre mythologie trouve en partie ses origines.

En revanche, bien qu'opposés dans un terrible conflit, juifs et musulmans révèlent leur proximité au travers de leur familiarité avec la grotte et les personnages qui lui sont associés sur le plan religieux, historique et culturel. [...]

L'engrenage actuel des événements politiques laisse peu de marche de manœuvre. La paix comme valeur religieuse est mise à l'écart pour régler de vieux comptes et les habitants de la région se voient refuser ce à quoi ils aspirent. Dans la Bible, Ismaël et Isaac se retrouvent pour enterrer Abraham/Ibrahim. La paix dans cette partie du monde pourra engendrer un formidable élan culturel et produire quelque chose d'unique que l'Occident, selon nous, a peut-être perdu en faisant du refus de la transcendance sa religion. Or la paix ne pourra se faire aux dépens d'Ismaël ou d'Isaac - ou en l'absence de leur souvenir. »

Extraits de « Quelques réflexions sur la folie dans la grotte d'Abraham », The New York Times, 13 mars 1994. Traduction de Jacqueline Carnaud.

L'installation vidéo The Cave est présentée en collaboration avec le Festival d'Automne à Paris, à l'occasion des représentations à la Cité de la Musique de Three Tales, le nouvel opéra vidéo de Steve Reich et de Beryl Korot, les 29 et 30 octobre 2002

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