Pachet à haute voix

jeudi 10 novembre 2016, 19h30-21h00
Nouveau
Handicap visuel
Handicap moteur
Tarifs et réservation 

15 € - 12 €
Réservation
par mél : auditorium@mahj.org
ou par téléphone au 01 53 01 86 48
du lundi au vendredi de 14 h 30 à 17 h 30

Lieu 

Auditorium

À travers la musique, la littérature ou le cinéma, le programme de l'Auditorium offre un prolongement des domaines abordés dans le musée et les expositions.

Pierre Pachet, né en 1937 est mort chez lui, à Paris, le 21 juin 2016. Cette lecture fera entendre les mots d’un familier du musée où il venait en voisin, en ami, en « spécialiste », en écrivain lorsque l’Autobiographie de mon père fut lue par Denis Podalydès le 21 novembre 2010. Presque jour pour jour, 6 ans plus tard, ce dernier fait à nouveau entendre Pachet à haute voix. Emmanuel Carrère, grand ami de Pierre Pachet, esquisse ce portrait : Celui que j’ai connu, c’était le Pachet veuf. Je n’ai pas connu Soizic, sa femme, la mère de ses enfants Yaël et François, dont il a raconté l’agonie dans un livre brutalement poignant, Adieu. Je n’ai pas connu l’intellectuel austère qu’il disait avoir été auprès d’elle, solidement amarré à ses études, à la vie de couple et de famille dont il s’était fait un rempart. L’homme que j’ai connu était désamarré. Il écrivait toujours, des livres de plus en plus libres, de plus en plus intimes, de plus en plus inclassables. (…)Vivre, plaire, se donner, être digne de la vie où Soizic l’avait laissé seul : le Pachet que j’ai connu était un artiste du monde flottant, à la fois désespéré et prodigieusement vivant, marchant dans les rues le nez au vent, ouvert à tout, disponible à tous et particulièrement à ces jeunes femmes dont nous, le cercle rapproché de ses amis, découvrions, un peu médusés par la rapidité de leur succession, un peu jaloux aussi, les prénoms, les visages, les histoires, les chagrins d’amour – car nul n’était meilleur public que lui pour les chagrins d’amour. Pachet aimait les femmes, les hommes l’emmerdaient un peu : je le sentais, malgré son affection, quand nous étions tous deux en tête-à-tête ou même quand nous fêtions, ensemble, nos anniversaires – car nous sommes nés le même jour à vingt ans d’intervalle, et il aimait penser à la différence d’âge, pas seulement la nôtre, comme à « une rambarde à laquelle s’accouder pour converser commodément ». (…)Auteur d’une vingtaine de livres, cet homme qui avait été un grand professeur, subjuguant ses étudiants et encore plus ses étudiantes, un critique de la volée d’un Jean Starobinski, et qui avait sur le tard quitté la prose d’idées pour l’écriture intime, ne se voyait pas comme un homme de lettres mais comme un sursitaire, un stagiaire dans la vie, un essayiste aussi, au sens où Robert Musil définissait l’« essayisme » : pas une forme littéraire, mais une façon de vivre, une morale d’absolue fidélité à l’expérience. Pachet – que j’appelais toujours Pachet, jamais Pierre, et il aimait bien ça, ça le faisait marrer – est autre chose pour moi qu’un écrivain que j’admire. Pendant les quinze ans de notre amitié, et je sais que ce que je dis là vaut pour beaucoup d’autres gens, il a été par sa lucidité, sa séduction bougonne, son visage sensuel et marqué qui me rappelait celui de l’acteur Ben Gazzara, son engagement à la fois nonchalant et total dans le métier de vivre, un de mes héros dans la vie réelle. Emmanuel Carrère (Le Monde, 23 juin 2016)