Magnum Cinq regards sur les communautés juives après 1945

Du 6 décembre 1998 au 30 août 1999

Réalisée en collaboration avec l’agence Magnum, l'exposition offre un aperçu sur le monde juif contemporain après 1945, à travers le regard personnel de cinq photographes majeurs.

Robert Capa : Israël, le retour, 1948-1950

Leonard Freed : Les milieux hassidiques à Brooklyn, New York, 1954

Patrick Zachmann : Enquête d’identité (extrait), Paris, 1979-1983

Gueorgui Pinkhassov : Juifs dans l’Asie Centrale soviétique, 1988

Micha Bar-Am : La société israélienne, 1968-1998

Robert Capa : Israël, le retour, 1948-1950

Robert Capa, l’un des plus grand reporter photographe du siècle, participa à la fondation de l’agence Magnum en 1947. Il est le témoin de l’arrivée des émigrants juifs européens dans l’Etat d’Israël au lendemain de sa fondation en 1948. Lui-même d’origine juive hongroise, ayant fuit le nazisme et l’Allemagne en 1933, il ne pouvait qu’être sensible au destin de ces personnes et de ces familles qui, après des années de tourmente, débarquaient sur cette terre d’accueil que constituait le nouvel Etat hébreu. On peut lire sur ses photos le poids du passé attaché aux valises des immigrants jeunes et vieux, en même temps que l’atmosphère particulière, vide et intemporelle d’un jour nouveau pour l’histoire des juifs.

Cornell Capa rejoint l’agence Magnum en 1954. D’abord tireur des photographies de son frère Robert à Paris en 1936, il s’installe à New York l’année suivante. Là, il commence à travailler au laboratoire du magazine Life avant d’y devenir reporter en 1946. En 1958, il fonde la Robert Capa/David Seymour Photographic Foundation en Israël, préfiguration de l’International Center of Photography créé à New York en 1974. Il abandonne alors la photographie pour se consacrer à l’administration de cette institution, où il devient éditeur et concepteur d’expositions.

Patrick Zachmann : Enquête d’identité (extrait), Paris, 1979-1983

Patrick Zachmann a grandi à Paris au lendemain de la guerre. S’il est devenu photographe, c’est, dit-il, « sans doute parce qu’il n’y avait à la maison aucune photo, aucune trace du passé ou de judéïté ». Sas grands-parents paternels, déportés et morts à Auschwitz, n’avaient pu lui transmettre la mémoire familiale qui lui manquait. Sur ce drame, son père gardait le silence, et sa mère, séfarade venue d’Afrique, rêvait de la France et d’ascension sociale. Au début des années quatre-vingt, Patrick Zachmann entreprit pendant près de dix ans une « enquête d’identité » photographique sur les juifs en France qui lui permit, grâce à l’image qu’elle lui renvoyait sans cesse, d’esquisser progressivement sa propre identité. Le livre qui en résulta constitua alors l’album de famille qu’il n’avait jamais eu.

Leonard Freed : Les milieux hassidiques à Brooklyn, New York, 1954

Leonard Freed, photographe américain, est fasciné par la ferveur des communautés juives religieuses. Lui dont la famille, avant d’émigrer aux Etats-Unis, fut victime des pogroms russes, mais qui ne fut jamais pratiquant, reste persuadé que « ceux qui sont croyants et sont restés fidèles, forment l’épine dorsale de la culture juive. Ils sont à la source de l’énergie sans cesse renouvelée du judaïsme, et de son regain ». Se sentant à la fois intime et étranger à ces gens dont la vie est tout entière tournée vers Dieu, il rapporte des images intenses de ces milieux religieux, prises aussi bien dans son pays d’origine qu’en Israël, en Grande-Bretagne ou en France.

Gueorgui Pinkhassov : Juifs dans l’Asie Centrale soviétique, 1988

Gueorgui Pinkhassov, d’origine moscovite, suivit une formation de photographe et de cameraman pour le cinéma. Remarqué par Andreï Tarkovski, il travaille un temps pour lui en 1978. S’il choisit de se consacrer uniquement à la photographie en s’installant à Paris en 1985, ses travaux n’en gardent pas moins la trace de son détour par le septième art. C’est ce qui ressort de sa série sur les juifs d’Ouzbékistan qu’il réalise en 1988. Un reportage important en ce qu’il est pour lui l’occasion d’une recherche de ses racines dans les quartiers juifs des villes d’Asie centrale, entre Boukhara, Samarkand et Tachkent. La vivacité, la sensualité de la culture juive locale jaillit de l’utilisation magistrale de la couleur et du mouvement du cadre, qui permet à cette « diaspora oubliée » d’exister à nos yeux.

Micha Bar-Am : La société israélienne, 1968-1998

Micha Bar-Am est né à Berlin, et émigre en Israël avant la création de l’Etat hébreu ; il en a suivi toute l’histoire, devenant en 1968 correspondant du New York Times. Se situant au cœur de l’actualité mouvementée du pays, il fixe sur ses images la guerre, la paix, les rencontres historiques, les personnages militaires et politiques clés, et les répercussions qu’ont les événements sur la physionomie de la société et la vie quotidienne des gens. Son travail traduit alors les contrastes hauts en couleurs de populations, de croyances, de pratiques – toute la richesse et la complexité d’un pays qui fut toujours observé de près par toutes les autres nations du monde.