Journaux d'enfants au camp de Terezin

Du 14 novembre 2000 au 5 mars 2001

Kamarad, Terezin, 25 février 1944,

Kamarad, Terezin, 25 février 1944,

Des journaux réalisés par les enfants du camp de Terezin (actuelle République Tchèque) ont commencé à paraître à la fin de l'année 1942 et début 1943. Ces journaux étaient édités en un seul exemplaire et lus collectivement le vendredi soir.

« Friedl Dicker-Brandeis (Vienne 1898-Auschwitz, 1944) » a organisé les ateliers de création plastique pour les enfants dans le cadre de la Jugendfürsorge du camp de Terezin. De nombreux dessins d'enfants illustrent les journaux.

Un fascicule a été édité à l'occasion de l'exposition Journaux d'enfants à Terezín

Ces journaux ont commencé à paraître à la fin de l'année 1942 et début 1943, c'est à dire à l'époque où les enfants ont été séparés de leurs parents et hébergés dans des foyers spécifiques. Ces journaux étaient édités en un seul exemplaire et lus collectivement le vendredi soir.

Ces magazines sont conservés au musée juif de Prague et au Mémorial de Terezin, hormis Kamarad, conservé au Beit Theresienstadt, au kibboutz Givat Haïm-Ihud, et de Bonaco conservé chez un particulier.

Les prisonniers inscrits sur les listes de convois savaient qu'ils allaient trouver dans les camps de concentration de l'Est des convidions de vie plus difficiles qu'à Terezin. Ils laissaient donc des documents tels que journaux ou écrits personnels, soit auprès de leurs camarades épargnés par la déportation, soit cachés dans les greniers.

Pietr, Hanus, Hana, Thomas, Jiri et les autres

Vous avez d'abord été séparés de vos parents, dans la plupart des cas puis emmenés dans ce camps.

Vous avez connu l'enfermement, la malnutrition, le froid, la promiscuité

Et pourtant vous écrivez chaque semaine des feuilletons, des reportages, des chroniques.

Vous vous intéressiez à la poésie chinoise et aux premiers pas de la télévision.

Vous défendiez avec passion vos couleurs au football.

Vous lisiez des dizaines de romans dont vous rendiez compte dans les journaux.

Vous évoquiez lucidement la vie dans le camp.

Vous continuiez à croire, malgré tout, à la possibilité d'un monde meilleur et vous développiez entre vous des relations eigeantes d'amitié intense.

Par-delà le chaos qui vous entoure, le besoin de vivre résonne à travers vos textes.

A travers eux, c'est l'éternité de vos existences qui s'affirme.

Isabelle Pleskoff, responsable de la médiathèque du mahJ

Introduction

La création du ghetto de Terezin fut décidée en octobre 1941 par les autorités nazies de la Bohême-Moravie occupée. Terezin, une ancienne ville-forteresse, située à 60 km au nord de Prague est présentée comme un ghetto, mais c'est bien d'un camp de contration qu'il s'agit : déplacement des populations, surpeuplement, conditions de lpgement et d'hygiène, catastrophiques, malnutrition, maladies et décès y sont le lot commun. Tous les prisonniers, âgés de 15 ans et plus sont soumis au travail forcé : aménagement et entretien du camp, clivage du mica, construction de véhicules militaires.

140 00 personnes ont été internées à Terezin entre novembre 1941 et mai 1945, d'abord des juifs tchèques en décembre 1941 ; à partir de l'été 1942, des juifs d'Allemagne et d'Autriche sont internés, puis des juifs originaires de Pays-Bas et du Danemark. A la fin de la guerre, ce sont des juifs de Slovaquie et de Hongrie qui sont déportés à Terezin. Parmi eux, environ 11 000 enfants et adolescents. 

34 000 prisonniers sont morts dans le camp de Terezin. A l'exception d'une minorité de personnes, les autres internés sont déportés vers les camps d'extermination de l'Est. Ces déportations sont mises en place à partir de janvier 1942. A l'automne 1944 a lieu une dernière vague de convois vers Auschwitz, qui emporte la majeure partie des enfants et de leurs éducateurs.

Des 8 764 enfants et adolescents déportés dans les camps d'extermination de janvier 1942 à octobre 1944, une centaine surivra. Aucun éducateur ne reviendra.

Le camp modèle

La terminologie change à partir deu printemps 1943. De lager (camp), Terezin devient progressivement une zone de peuplement juif. Il s'agit pour les nazis de masquer au mieux le programmme d'extermination qu'ils ont engagé. Le changelent est effectif à plusieurs niveaux. Les rues anciennement désignées par des lettres et des chiffres portent désormais des noms ordinaires ; du papier monnaie est émis pour donner l'illustion d'une vie économique normale. La correspondance, en langue allemande, bien que très surveillée, est encouragée. Le camp subit des travaux d'embellissement. Les bâtiments rénovés sont ceux qu'on aperçoit sur le parcours organisé pour la visite d'un félégué de la Croix-Rouge. Au cours de l'été 1943, un film de propagnade est réalisé à Terezin. Il insiste sur le bien être de la population et la qualité de l'animation sportive et culturelle.

Les foyers d'enfants

Jusqu'à l'été 1942, les enfants sont logés avec les adultes, dans des locaux surpeuplés. Par la suite, ils sont regroupés par sexe, âge et langue dans des bâtiments vides plus salubres. Les chambrées comptent désormais une trentaine d'enfants, avec un déucateur assigné par dortoir. Une dizaine de dortoirs constitue un foyer, animé par un directeur et toute une équipe pédagogique et médicale.

La Jugendfürsorge

Cette organisation chargée de l'administration autonome juive de la jeunesse, est dirigée par Egon Redlich, jeune sioniste de 25 ans. Elle regroupe les pédagogues, moniteurs et personnels de santé. Outre les soins sanitaires qu'ils dispensent, les éducateurs s'efforcent de rendre moins difficile la vie des jeunes, par l'enrichissement culturel — enseignement général, conférences à thèmes variés, activités artistiques, musicales et théâtrales, débats — et des activités physiques. C'est dans ce contexte que l'artiste Friedl Dicker-Brandeis, ancienne élève du Bauhaus, va initier les enfants qui suivent ses ateliers à la création plastique. Seules les activités artistiques étant officiellement autorisées, les autres matières sont enseignées clandestinement dans les foyers, de trois à quatre heures de cours quotidiens pour les matières générales et des classes d'hébreu optionnelles. Les enseignements prodigués sont d'une très haute tenue, tant du point de vue des contenus que des méthodes pédagogiques inspirées, entre autres, de modèles soviétiques idéalisés et de l'expérience des jardins d'enfants. La transmission des valeurs juives par l'apprentissage de l'hébreu et par l'observation du rituel constitue un objectif important dans la pédagogie, surtout pour les administrateurs sionistes. Le caractère porgressiste de ces communautés d'enfants où l'auto-administration est le système en vigueur, tire son origine des convictions marxistes de certains éduacteurs et sionistes de certains autres. Ces engagements provoquent des divergences d'opinions entre les formateurs sur la nature des valeurs à transmettre en priorité.

L'entretien d'une discipline personnelle et collective et la solidarité exaltée par les promesses d'une société nouvelle visent à protéger les enfants des effets désespérants de la vie dans le camp, et à les préparer au mieux à leur vie future, après la Libération.

Bonaco

de l'expression « Bordel na koleckach », « Bordel à roulettes », rédigé par les filles du foyer n°11 du bâtiment L 414. Au moins six numéros parus de janvier à juin 1944.

Domov

Le « foyer », par les garçons du foyer n°236 du bâtiment Hambourg, puis foyer n°2 du bâtiment L 417, huit numéros et deux hors séries parus du 22 décembre au 2 mai 1944. Les deux rédacteurs sont Martin Glas et Petr Seidemann.

Hlas Pudy Q 306

« La voix du grenier » par les enfants et les mères des enfants de moins de 12 ans du Q 306 au moins trois numéros parus à partir de janvier 1944.

Kamarad

par les garçons du dortoir A du bâtiment Q 609, vingt-deux numéros parus entre le 29 octobre 1943 et le 15 septembre 1944.

List Sedmicky

« Le Bulletin du 7 » par les garçons du foyer n°7 du bâtiment L 417, un ou deux numéros édités en 1944.

Nesar

« L'aigle », par les garçons du foyer n°8 du bâtiment L 417, dix numéros édités en 1944. Rédacteur en chef : Pavel Weiner.

Noviny

par ceux du foyer n°10 du L 417, au moins neuf numéros et trois hors-série parus de février  à avril 1944 (ou janvier-mai1944). Il demeure une ambiguité sur ce titre car certaines sources affirment que ce journal a été écrit et illustré par un adulte.

Rim rim rim

foyer n°10 du L 417, vingtet un numéros et trois hors série parus du 25 février au 24 août 1944.

Skaut

rédigé par les garçons du foyer n°3, L410. Pas de collection connue.

Vedem

foyer n°1 L417 hebdomadaire paru du 18 décembre 1942 jusqu'en août 1944.


Responsable de la publication : Isabelle Pleskoff

Responsable des traductions : Lena Novotná

Coordination éditotiale : Denis Jacquemin

Avec la collaboration d'Isabelle Rosenbaumas

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