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5. L’année juive : le shabbat et les fêtes

Le calendrier juif repose sur une alternance entre temps profane (hol) et sacré (qoddesh). Le septième jour de la semaine, le shabbat – littéralement « cessation » – est ainsi « sanctifié » par l’arrêt de toute activité. Débutant le vendredi soir, il rappelle le repos de Dieu après les six jours de la Création dans le récit biblique.

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Vue de la salle "L'année juive"

Les fêtes les plus importantes tirent leur origine de la Torah – les cinq premiers livres de la Bible hébraïque –, considérée par la tradition comme la « Loi divine » révélée à Moïse.

Le 1er tishri, le nouvel an (Rosh ha-shanah) débute un cycle de solennités désignées sous le nom de « jours redoutables » (yamim noraïm). Placé sous le signe du repentir et du jugement, il culmine dix jours plus tard avec le jeûne du Grand Pardon (Yom Kippour), à l’issue duquel les fidèles sont inscrits – ou non – dans le « livre de la vie ». 

Trois fêtes célèbrent chacune une étape du récit fondateur du périple des Hébreux d’Égypte vers la terre promise. Elles sont dites « de pèlerinage » car dans l’Antiquité, les juifs se rendaient à Jérusalem pour offrir un sacrifice au Temple en lien avec le cycle des récoltes. Au printemps, du 15 au 21 nissan, la Pâque (Pessah) commémore la sortie d’Égypte des Hébreux et leur libération de l’esclavage. Sept semaines plus tard, le 6 sivan, la Pentecôte (Shavouot) célèbre le don de la Torah à Moïse au mont Sinaï. En automne, du 15 au 21 tishri, la fête des cabanes (Soukkot) rappelle la protection divine dont bénéficièrent les Hébreux durant leurs quarante ans d’errance dans le désert.

D’autres fêtes, dites « historiques », sont apparues au cours du temps, célébrant la résilience du peuple juif. Durant 8 jours, du 25 kislev au 2 ou 3 tevet, la fête de la Reconsécration du Temple (Hanoukkah), aussi nommée « fête des Lumières », commémore la victoire des Maccabées sur les Grecs, au IIe siècle avant notre ère. Le 14 adar, la fête des Sorts (Pourim) célèbre l’annulation d’un complot d’extermination des juifs de Perse au IVe siècle avant notre ère raconté dans le Livre d’Esther. 

Toutes ces fêtes sont célébrées à la synagogue mais aussi – et surtout – autour de la table familiale, les plats traditionnels constituant pour de nombreux juifs le lien ultime avec la religion de leurs ancêtres.

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Pour aller plus loin

Hanoukkah : la fête des Lumières

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Laurence Salzmann, Hanoukkah, Radauti Roumanie.jpg

Laurence Salzmann (Philadelphie, 1944), Hanoukkah, Radauti, Roumanie, 1974-1976

Elle rappelle la victoire historique des Maccabées sur la dynastie hellénistique des Séleucides, rois de Syrie et de Palestine, en 165 avant notre ère. Mattathias l’Hasmonéen et ses fils conduisirent la révolte des juifs contre le roi Antiochus IV Épiphane, qui avait profané le Temple de Jérusalem ; victorieux, ils reconstruisirent un autel, un grand candélabre et plusieurs éléments du mobilier sacré. La restauration du culte juif fut célébrée par de grandes réjouissances.

La fête instituée par les rabbins du Talmud commence le 25 du mois de kislev. La tradition rapporte que Judah l’Hasmonéen ne trouva dans le Temple qu’une fiole d’huile non profanée pour allumer les lampes du grand candélabre ; cette huile brûla miraculeusement huit jours, le temps nécessaire à la fabrication de nouvelles quantités d’huile.

Durant huit jours, à la tombée de la nuit, les juifs procèdent à l’allumage des huit lumières de la lampe de Hanoukkah, en ajoutant une lumière chaque jour. La lampe doit être placée devant une fenêtre au vu de tous. Depuis le Moyen Âge, Hanoukkah est une fête très populaire agrémentée de coutumes diverses : on joue à la toupie ou aux cartes, et, dans le monde occidental, on a pris l’habitude d’offrir des cadeaux aux enfants.

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Lampe de la Reconsécration du temple (hanoukkiyyah), Algérie ou Tunisie, XIXe-XXe siècle

Il existe une très grande variété de lampes de Hanoukkah ; toutes comportent huit et souvent une lumière complémentaire dite « serviteur » (shammash) qui sert à les allumer. À l’ancien type romain, lampe à huile plate à compartiments, ou lampe en terre cuite à becs multiples, succèdent, au Moyen Âge, de petites lampes en bronze à dosser et triangulaire, destinées à être accrochées à une paroi. Ce modèle se répand dans toute l’Europe et en Afrique du Nord, et connaîtra de multiples décors : fleurs, scènes bibliques, personnages mythologiques, motifs d’architecture. À partir du XVIe siècle, on les trouve dotées de quatre pieds, tandis que se développe la forme du chandelier, plus adaptée à l’usage synagogal et à l’utilisation de bougies.

Si l’on connaît plutôt les lampes faites de matériaux pérennes (argent, cuivre, bronze) et au décor élaboré, rappelons qu’elles furent la propriété des membres des classes aisées. Les juifs modestes ou pauvres se fabriquent et utilisent des contenants beaucoup plus rudimentaires (terres cuites, terre séchée, pierres creusées ou même légumes) à l’emploi éphémère qui génère par la suite un art populaire particulièrement imaginatif.

 

Pourim : la fête des Sorts

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Rouleau d'Esther, Amsterdam, 1641
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Rouleau d'Esther enluminé, attribué à Shalom Italia (Mantoue, vers 1619 - Amsterdam, vers 1655), Amsterdam, vers 1641

La fête des sorts (Pourim) est célébrée le 14 du mois d’adar. Elle commémore la délivrance des juifs d’un complot qui visait à les exterminer. Le récit de cet épisode, qui se déroule dans l’antique cité de Suse, au Ve siècle avant notre ère, nous est transmis par le livre biblique d’Esther (megillat Ester). Haman, vizir du roi de Perse Assuérus (Ahashverosh, identifié à Xerxès Ier), décide de tuer tous les juifs, « jeunes et vieux, enfants et femmes », et tire au sort (en accadien pour – d’où est issu le mot pourim) la date d’exécution de son projet : le 13 adar. Sur la prière de son oncle Mardochée (ou Mordekhaï), descendant du roi Saül, la reine Esther intervient auprès de son époux Assuérus pour déjouer le complot. Les juifs livrent une bataille victorieuse : Haman et ses fils sont pendus.

Les rabbins ont instauré un jour de jeûne le 13 adar ; le 14 adar est un jour de réjouissance. Dans les cités fortifiées de l’Antiquité, la fête est reportée au lendemain et porte le nom de « Pourim de Suse » (Shoushan Pourim). La veille et le matin de la fête, à la synagogue, on procède à la lecture du livre d’Esther sur un rouleau de parchemin calligraphié : la megillah. L’assistance s’efforce de couvrir le nom de Haman, figure de l’ennemi d’Israël, chaque fois qu’il est prononcé, en agitant claquets ou crécelles. Un festin clôture la fête et les convives sont invités à boire du vin au point de confondre les noms de Haman et de Mardochée. On offre des mets et des pâtisseries aux amis, et des cadeaux aux pauvres. La fête donne lieu à un carnaval et à des représentations théâtrales.
Les megillot enluminées destinées aux particuliers apparaissent après la Renaissance ; certaines sont décorées à la main, d’autres sont imprimés. Toutes portent un décor gravé répétitif – personnages et motifs ornementaux – qui réserve, entre colonnes et cartouches, l’espace pour calligraphier le texte. Les rouleaux italiens sont marqués par l’influence de la commedia dell’arte.

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