Coups de cœur de la librairie

Ce mois-ci, la librairie vous recommande :

Mémoire du yiddish.
Transmettre la langue assassinée.
Entretiens avec Stéphane Bou

Mémoire du yiddish. Transmettre la langue assassinée.
Entretiens avec Stéphane Bou
de Rachel Ertel

Rachel Ertel, Albin Michel
19 €

Rachel Ertel est née en 1939 en Pologne et arrive à Paris en 1948, avec sa mère et son « père adoptif et adopté ». C’est seulement à partir de la naissance de cette nouvelle cellule familiale que commencent ses premiers souvenirs, à l’âge de neuf ans.
Jeune femme, elle consacre toute son énergie à faire connaître aux descendants de ces communautés entières qui ont disparu dans le « Khurbn » (Shoah), et plus tard à un plus large public, tout d’abord la langue puis la littérature yiddish. Elle a traduit en français des dizaines d’œuvres yiddish qui illustrent la richesse et la beauté de cette littérature.

Dans ce passionnant entretien avec le journaliste Stéphane Bou, Rachel Ertel porte un regard rétrospectif sur son parcours et sa démarche. Sont évoquées les figures des poètes et artistes croisés dans son enfance (ses parents, poète et écrivain, étaient installés dans un foyer ouvert aux rescapés d’Europe de l’Est, tous des intellectuels et des artistes) et souvent retrouvés plus tard au cours de sa carrière de chercheuse, d’enseignante et de traductrice. Voici le témoignage d’une grande passeuse de la mémoire du monde yiddish.

 


Terres promises

Terres promises de Milena Agus

Milena Agus, Liana Levi Piccolo
9 €

Traduite de l’italien, cette fresque familiale entraîne le lecteur de la Sardaigne profonde à New York et entrecroise le destin « misérable et merveilleux » de plusieurs générations d’une famille sarde avec celui d’exilés Juifs allemands, réfugiés à Harlem juste avant la seconde guerre mondiale.
L’exil et la « terre promise » de chacun sont au cœur de ce roman  : exil subi, exil volontaire, exil réel ou encore exil fantasmé. Milena Agus vit et enseigne à Cagliari en Sardaigne, où elle est née. « Terres promises » est le huitième roman traduit de l’auteur aux éditions Liana Levi.

 


Retour à Birkenau

Retour à Birkenau
Ginette Kolinka, avec Marion Ruggieri,

Ginette Kolinka, avec Marion Ruggieri, Grasset
13 €

Ginette Kolinka possède une énergie vitale hors du commun. À 94 ans, elle est toujours dans un tourbillon d’activités. C’est une personnalité généreuse, au sourire inoubliable. On aime ses tenues colorées, comme un reflet de son aptitude au bonheur : « j’ai eu cette chance de revenir et de reprendre vite une vie normale, et d’être très heureuse ». Son témoignage Retour à Birkenau constitue un récit très précis de sa (sur)vie quotidienne à Auschwitz II, dominée par la faim. Elle exprime aussi la déchirure intime que représente le moment de séparation avec les siens, sans même leur avoir dit au revoir, à l’arrivée sur la Judenrampe. Elle reste hantée par la culpabilité d’avoir encouragé son père et son petit frère Gilbert, afin de leur épargner une marche fatigante, à monter sur les camions – sans savoir qu’ils les conduisaient aux chambres à gaz.
Aujourd’hui, Ginette Kolinka accompagne encore de nombreux groupes d’élèves à Auschwitz. De retour à Birkenau, elle tente d’éprouver des émotions face à ce lieu ou « ce faux lieu », comme elle le nomme. Comment le reconnaître sans les odeurs, la boue, la saleté, les gens qui grouillent ? Elle sait que les ruines ont besoin d’être déchiffrées, d’où la nécessité de guider les adolescents lors de leur visite du camp. Elle achève son livre en remerciant les élèves auprès de qui elle assure cette mission remarquable de transmission.

 


L’Ennemie

L’Ennemie
Irène Némirovsky

Irène Némirovsky, Denoël
16,90 €

Comme Le Bal, L’Ennemie a paru sous le pseudonyme de Pierre Nerey, anagramme d’ « Yrène ». Il est publié en 1928, sept ans avant le roman autobiographique Le Vin de solitude qu’Irène Némirovsky signera de son nom. Sont déjà présents scènes traumatiques vécues dans sa jeunesse et thèmes récurrents de son œuvre : une enfance triste, délaissée par une mère froide et volage, « qui rentrait tard dans la nuit » et un père absent, refusant d’admettre l’adultère de sa femme. Les sentiments violents de haine du personnage de la fille Gabri à l’égard de « petite mère » la conduisent à imaginer se venger, en tentant de lui ravir son amant. Séduction, frivolité, duplicité, impossible pour Gabri de ne pas ressembler finalement à cette mère détestée. « Et pourtant ce roman lui-même en fait foi, l’enfant humiliée deviendra romancière. Son art l’extraira du cercle vicieux de l’hérédité », comme l’écrit Olivier Philipponnat, biographe d’Irène Némirovsky, dans sa préface à L’Ennemie, un texte qui révèle l’immense talent de l’écrivaine.