Coups de cœur de la librairie

Ce mois-ci, la librairie vous recommande :

Littérature

Avant de s'en aller. Saul Bellow, une conversation avec Norman Manea

traduit de l'anglais et du roumain par Marie-France Courriol et Florica Courriol, éditions La Baconnière, 156 pages, 11 €

Au crépuscule de sa vie, « avant de s’en aller », Saul Bellow (1915-2005) confie à son ami écrivain Norman Manea un « fragment de [s]es mémoires » qu’il n’écrira pas. L’amitié entre les deux hommes et la connaissance que Norman Manea possède de l’œuvre de l’auteur d’Herzog (folio) ou de La planète de Mr Sammler (folio)- stimulent l’éclosion du récit. C’est un réel bonheur d’« écouter » ce parcours de vie, dont certains épisodes marquants de l’enfance nous sont contés - la solitude lors d’une hospitalisation à huit ans ou l’expérience formatrice auprès de son père dans le commerce du charbon, dans les faubourgs de Chicago : « Tu sais, on se rend seulement compte à quel point notre vie est folle lorsqu’on se met à la raconter » Dans cette riche conversation littéraire, toute une existence est traversée, de l’évocation de la place de l’écriture à la réception du prix Nobel, décerné à Saul Bellow en 1976, jusqu’à la conclusion suivante : « et au fond, je n’éprouve que de la reconnaissance pour la vie que j’ai vécue. »


Beaux-Arts

Ambivalence et beauté

Alec Borenstein, éditions Stavit, 287 pages, 75 €


Récits. Conversation avec Laure Adler

Christian Boltanski, Flammarion, 169 pages, 21 €

En écho à l’exposition « Faire son temps » qui s’est tenue au Centre Pompidou en 2019, la couverture de ce livre d’entretiens avec Laure Adler porte, selon la volonté de Christian Boltanski qui nous a quitté l’été dernier, la photo de l’œuvre Départ et en quatrième de couverture celle d’Arrivée, la composition lumineuse qui accueillait les visiteurs et celle qui achevait le parcours d’exposition. Entre Départ et Arrivée, cette passionnante conversation explore tout un cheminement de vie, depuis l’enfance « spéciale » de l’artiste au sein d’une famille telle un « corps collectif » en lutte pour la survie, marquée par la Shoah, jusqu’à l’évocation de la mort comme un horizon de repos et de paix. On rit aussi à la lecture de ces récits, teintés d’anecdotes savoureuses. Dans ces échanges, sont prononcées des paroles essentielles, qui éclairent la démarche de l'un des artistes majeurs de notre époque, dont l’œuvre Les habitants de l’hôtel de Saint-Aignan en 1939 (1998) est exposée dans la courette du mahJ : « je parle de ceux qui ont disparu pour les faire revivre un peu. (…) Si mon œuvre est regardée, la réalité de leur vie sera sauvegardée. On saura qu’ils ont été. Ils ont été. »



Bande dessinée

Les lettres d'Hilda Dajč

Aleksandar Zograf, traduit de l'anglais par Fanny Soubiran, L'Association, Coll. « Patte de mouche », 3€

Dans cette courte biographie, l’auteur de bande dessinée serbe Aleksandar Zograf retrace le destin et l’engagement d'Hilda Dajč, jeune fille serbe d'origine viennoise qui se porte volontaire en tant qu'infirmière à l'hôpital juif de Belgrade en avril 1941, après l'invasion de la Yougoslavie par l'Allemagne nazie. Cette brillante étudiante en architecture de dix-neuf ans est ensuite envoyée au camp de Sajmište (infrastructure équipée d’espaces d’exposition, de restaurants, de galeries et de salles de concert, ouverte au public en 1937-1938 pour accueillir la foire de Belgrade), situé à seulement quelques enjambées du centre historique de Belgrade. Comme la plupart des détenus juifs du camp, femmes, enfants et personnes âgées, elle est exterminée par les nazis, asphyxiée dans un camion à gaz en 1942, à une date inconnue. L’auteur a adapté et a reproduit des extraits de quelques lettres d'Hilda Dajč envoyées à deux amies de lycée. Seules quatre lettres, dont trois sortirent clandestinement du camp, ont été miraculeusement conservées (les trois premières sont déposées au Musée historique juif de Belgrade et la quatrième aux Archives historiques de Belgrade).