Coups de cœur de la librairie

Ce mois-ci, la librairie vous recommande :

L’histoire de M,

L’histoire de M, Sélim Nassib, Yolande Zauberman

Sélim Nassib, Yolande Zauberman, Seuil, 2019
17 €

M est l’initiale de Menahem (Lang), cet homme au sourire étincelant, connu pour sa voix enchanteresse, à la personnalité enragée et touchante à la fois. Suivi par la caméra de Yolande Zauberman, Menahem accepte de retourner sur les lieux de son enfance, la communauté Netourei Karta avec laquelle il a rompu, dans le quartier ultra-orthodoxe de Bneï Brak, proche de Tel-Aviv. Principalement tourné de nuit, le film nous plonge dans la noirceur d’une enfance saccagée par des abus sexuels. Les langues se délient. Des hommes osent parler. En yiddish, principalement. C’est sa pratique du yiddish qui ouvre à Yolande Zauberman les portes de ce monde interdit et masculin. Le spectateur découvre, terrifié, l’ampleur des dégâts, l’impunité des prédateurs et la peur des victimes de le devenir à leur tour (« galgal » en hébreu, le « cercle vicieux »). Le livre L’histoire de M complète le film par un récit diachronique, va encore plus loin en révélant l’identité des violeurs, fournit des éléments décisifs sur l’histoire de la famille de Menahem.
Ce documentaire et le livre qui accompagne sa sortie nous révèlent l’étendue d’un mal dans une société religieuse et fermée. Le film s’achève sur la possibilité d’une réconciliation entre Menahem et ses parents, telle une lueur d’espoir. On ne peut être que saisi par la force d’un cinéma qui bouscule et participe à l’éclosion de la vérité.

 


Einstein, sur un rayon de lumière

Einstein, sur un rayon de lumière, Jennifer Berne (texte), Vladimir Radunsky (illustrations), traduit de l’anglais par Ilona Meyer

Jennifer Berne (texte), Vladimir Radunsky (illustrations), traduit de l’anglais par Ilona Meyer, les éditions des Éléphants
14 €

On est immédiatement séduit par cet album consacré au parcours d’Albert Einstein. Il y a une poésie des textes et des illustrations qui rend compte avec fantaisie d’une personnalité hors du commun. Les dessins sont charmants, farfelus et attachants. Ils apportent un réel plaisir de lecture. Le texte est efficace et invite à être différent. Le petit Einstein parlait peu et observait ce qui l’entourait. Il s’interrogeait sans cesse sur les mystères cachés du monde. « Il réfléchissait à des grandes choses et à des petites choses » : la lumière, le son, la gravité, les atomes, le mouvement… Incompris, écarté de l’enseignement, ce n’est que plus tard qu’il a envoyé des articles à des revues scientifiques qui vont le publier. Son génie sera alors enfin reconnu ! Jusqu’à la fin de sa vie, il continuera « à poser des questions qui n’avaient jamais été posées et trouva des réponses jamais trouvées ».
Chaque enfant est encouragé à réfléchir, imaginer et questionner le monde dans le sillage d’Albert Einstein.

 


Et la mariée ferma la porte

Et la mariée ferma la porte, Ronit Matalon

Ronit Matalon, Actes Sud
15,80 €

Le dernier court roman de Ronit Matalon, écrivaine israélienne disparue en décembre 2017, est le troisième à avoir été traduit et publié en France. Il convoque sur scène deux familles, à seulement quelques heures de l'arrivée des invités pour une cérémonie de mariage : Margui, future mariée « très spéciale » (selon les termes employés par la psychiatre du cabinet « Échappées nuptiales » appelé à la rescousse), murée dans le silence et enfermée dans la chambre à coucher de l’appartement de ses parents ; Nadia, la mère, veuve depuis cinq ans, atterrée ; Ilan, le cousin foncièrement farfelu, voire déjanté ; Maminou, la grand-mère sénile ; Matti, le futur marié, anéanti, ainsi que ses parents Arié et Perline. Il sera question de sentiments amoureux, du carcan de la famille et de la société israélienne, mais aussi de la poétesse Lea Goldberg et d’un camion d’intervention de la compagnie d’électricité de l’Autorité palestinienne…
Au centre de ce roman extrêmement comique, les émotions de chaque personnage décrites avec une grande sensibilité.

 


Le dernier départ

Le dernier départ, Guennadi Aïgui, traduction et postface d’André Markowicz

Guennadi Aïgui, traduction et postface d’ André Markowicz, Mesures
18 €

Premier livre précieux et soigné de la petite structure éditoriale tout récemment créée par André Markowicz avec l’intention d’ « ouvrir une zone de liberté, en marge des grandes maisons d’édition ».
Le traducteur infatigable et passionné offre ici, en bilingue, un poème de Guennadi Aïgui, l’une des plus grandes voix contemporaines de la poésie russe. Ce texte, écrit en 1988, lors du voyage de l’auteur en Hongrie, est un mémorial poétique, un hommage à Raoul Wallenberg et aux Juifs déportés de Budapest, mais aussi une accusation des ravages de l’hitlérisme et du stalinisme. Tirage limité à 400 exemplaires numérotés et signés par le traducteur.

 


L’arche n°675,
« La vérité au combat »

L’arche n°675, mars / avril 2019, « La vérité au combat »

Mars / avril 2019, FSJU
10 €

Que les lecteurs de la revue « L’arche », fondée il y a plus de cinquante ans, se réjouissent : elle est de retour, en kiosque et à la librairie du mahJ, après quelques mois d’absence qui lui ont permis de faire peau neuve. Avec sa nouvelle maquette, la revue reste trimestrielle et foisonne toujours de sujets éclectiques au diapason des questions qui animent les communautés juives de France.