Panneau de revêtement mural

Poterie Chemla (vers 1880-1966)

Tunis, vers 1920

Céramique polychrome, 121 x 68 x 4 cm

Poterie Chemla, panneau de revêtement mural, Tunis, vers 1920

Céramique polychrome, 121 x 68 x 4 cm

Poterie Chemla, panneau de revêtement mural, Tunis, vers 1920

Céramique polychrome, 121 x 68 x 4 cm

La Poterie Chemla est une entreprise familiale active à Tunis des années 1880 à 1966. Dès 1860, la famille intervient dans le commerce des poteries. Le Bey de Tunis ayant confié à Haïm Chemla la collecte des impôts en nature sur les potiers tunisois, ce dernier avance la recette puis revend à son profit les poteries récoltées.

Vingt ans plus tard, son fils Jacob (1858-1938) inaugure une production de céramiques dans la tradition des potiers du quartier de Qallatine à Tunis, introduisant en 1910 l’usage de l’oxyde de cobalt dans la glaçure pour obtenir un décor d’un bleu profond. Engagé au service de la communauté juive locale, Jacob est en même temps journaliste, romancier et traducteur de plusieurs titres en judéo-arabe, parmi lesquels Le Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas.

Dans l’entre-deux-guerres, lui succèdent ses trois fils, Victor (1892-1954), Albert (1894-1963) et Moïse dit Mouche (1897-1977), sous le nom « les fils de J. Chemla », en arabe Awlad Shamla. La fabrique connaît alors une grande prospérité, exportant sa production en Algérie mais surtout aux États-Unis, où l’on retrouve de grands décors architecturaux Chemla sur la côte Ouest, et participant aux expositions coloniales et universelles de Marseille et Paris en 1925, 1931 et 1937 où elle reçoit plusieurs distinctions. Ses carreaux de terre cuite glaçurée polychrome décorent de nombreuses maisons des nouveaux quartiers de Tunis et les résidences d’été de Sidi Bou Saïd et La Marsa, parmi lesquelles Dar El Kamila, la résidence du gouverneur français sous le protectorat, aujourd’hui demeure de l’ambassadeur de France. Ils ornent aussi la plupart des mosquées de Tunis et la grande synagogue de la Hara, le quartier juif de Tunis, ainsi qu’une synagogue de Djerba.

Composé de 94 carreaux de terre cuite recouverte d’une glaçure stannifère, ce panneau mural à décor floral, présente en son centre une grande arche caractéristique de la production des frères Chemla dans les années 1920. Un article illustré de la revue The Sphere en novembre 1924, consacré à la fabrique, reproduit une photographie de Jacob Chemla debout entre un panneau identique et une jarre. Mêlant influences hispano-mauresques, ottomanes (notamment les tulipes) et italiennes, l’œuvre illustre le renouveau de la céramique tunisienne à l’époque du protectorat (1881-1957). Face au développement de nouveaux quartiers extra muros et à l’essor des stations balnéaires, ce dernier soutient en effet les productions artisanales de Tunis et Nabeul, concurrencées par l’importation de carreaux industriels italiens. Elle illustre aussi la parfaite intégration économique et culturelle d’une famille juive, employant tant chrétiens que musulmans au sein d’un atelier cosmopolite, dans un domaine jusque-là réservé aux musulmans.

Acquis en vente publique en 2018, ce panneau complète un fonds important donné au mahJ par les descendants de la famille Chemla, comprenant outre des pièces de vaisselle et des carreaux, des modèles de décor et des poncifs (plaques de cuivre perforées de petits trous utilisées pour reporter avec une poudre de pierre ponce les contours des motifs de couleur sur les pièces en cours de fabrication).

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