Cabane pour la fête des Tabernacles (soukkah)

Autriche ou sud de l’Allemagne, milieu du XIXe siècle

Bois résineux peint, 220 x 285,5 cm

Acquis avec le concours du Fonds du patrimoine et de Claire Maratier

Cabane pour la fête des Tabernacles (soukkah), Autriche ou sud de l’Allemagne, fin du XIXe siècle

Cabane pour la fête des Tabernacles (soukkah), Autriche ou sud de l’Allemagne, fin du XIXe siècle

Célébrée cinq jours après le Grand Pardon (Kippour), la fête des Cabanes (Soukkot) rappelle la protection divine dont bénéficièrent les Hébreux abrités par des tentes durant quarante ans dans le désert du Sinaï après la sortie d’Égypte. Pendant les sept jours que dure cette fête des récoltes, il est prescrit (Lévitique 23, 42) de demeurer dans une soukkah, cabane au toit de branchages construite à l’extérieur.

Ce toit doit assurer un abri précaire laissant entrevoir les étoiles (protégeant donc du soleil mais non de la pluie) afin de rappeler la précarité de l’existence humaine et la nécessité de s’en remettre à la toute-puissance divine. Cependant, la soukkah fait partie des quelques objets cités par le Talmud de Babylone devant être exécutés avec un « souci du beau » (Hiddour mitsvah) pour rendre hommage à Dieu. Elle est donc généralement ornée de guirlandes de fruits de saison et d’images en lien avec la fête. Chaque famille est censée commencer la construction de la sienne, dès la fin de Kippour. À défaut de cour ou de jardin, on peut l’élever sur un balcon ou une terrasse ou, si cela n’est pas possible, utiliser l’intérieur d’un édicule ou d’un grenier, en escamotant une partie du toit le temps de la fête.

Ce type de soukkah démontable permettait l’aménagement rapide d’une cabane à la fois belle et confortable. Exceptionnelle par son décor peint, elle a été réalisée dans la région du lac de Constance, aux confins de l’Autriche, de l’Allemagne et de la Suisse, au milieu du XIXe siècle pour une famille aisée.

Elle est composée de 37 planches numérotées en chiffres romains maintenues par un cadre en bas et en haut, et percée d’une porte sur gonds équipée d’une serrure, et de deux fenêtres avec volets. Si l’extérieur simplement noirci, est d’une grande sobriété, les faces internes portent un riche décor peint dans leur moitié supérieure, au-dessus d’une frise médiane de thèmes animaliers, symboles de fécondité, surmontant un motif de draperie. La porte (panneaux 32 à 34) est flanquée de colonnes torsadées évoquant les deux colonnes Yakhin et Boaz placées à l’entrée du sanctuaire dans l’enceinte du Temple de Jérusalem, tandis que ses panneaux sont ornés d’un vase de fleurs, motif très fréquent dans l’art populaire germanique, pouvant aussi dans un contexte juif symboliser « l’arbre de vie » associé à la Torah. Le premier côté intérieur de la cabane, à gauche de l’entrée (panneaux 1 à 10) présente une vue symbolique de Jérusalem, car Soukkot est une des trois grandes fêtes dites « de pèlerinage », aux cours desquelles les juifs se rendaient au Temple avant sa destruction. Conformément à l’iconographie classique de Jérusalem, on distingue au centre de la ville fortifiée, le mur occidental du Temple ou « mur des Lamentations » (Kotel ha-maharavi), représenté sous la forme d’un rectangle jaune, à sa gauche le dôme du Rocher et la mosquée d’Omar, à sa droite la mosquée El Aqsa, élevée à l’emplacement de l’ancien Temple. Dans sa composition comme dans ses détails, cette image est très proche d’une lithographie allemande de l’artiste Yehoseph Schwarz, datée de 1837. Les collines de Jérusalem se prolongent sur le mur du fond (panneaux 11 à 18) par un paysage vallonné figurant un village des bords du lac de Constance, sur lequel flotte une barque. Le côté droit (panneaux 19 à 28) est percé de deux petites fenêtres encadrées de rinceaux, de part et d’autre d’un grand médaillon faux-marbre, bordé d’une draperie et surmonté d’une couronne, symbole de la royauté de la Torah, reproduisant en hébreu sur deux colonnes les premiers mots des dix commandements.

Techniquement, cette soukkah est assimilable à une cabane de plage telle qu’on en voyait sur les côtes de la Manche ou de la mer du Nord au XIXe siècle. D’un point de vue typologique, il s’agit pourtant d’une œuvre rarissime. Il n’en subsiste que de très rares exemplaires : une plus modeste et plus récente datée 1882 provenant de Schwäbisch-Hall dans le Bade-Würtemberg (Hällisch Fränkische Museum) et une autre de Fischbach en Bavière, datée du milieu du XIXe siècle (musée d’Israël), également composée de panneaux en bois numérotés en caractères latins, dont le décor est assez proche (scène bucolique avec village et vue de Jérusalem inspirée par la même source).

Fin 2018, le mahJ a pu acquérir l’unique panneau manquant, le n° 16, permettant à ce chef-d’œuvre d’art populaire juif de retrouver son intégrité et le paysage germanique sa lisibilité, trente ans après son entrée dans la collection. Retrouvez ici le communiqué de presse annoncant cette acquisition.

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