Arche sainte (aron qodesh)

Modène, 1472

Noyer sculpté, marqueté et peint, garniture en velours et soie, 265 x 130 x 78 cm

Dépôt du musée de Cluny, musée national du Moyen Âge, Paris, collection Strauss, don de Charlotte de Rothschild

Arche sainte, Modène, 1472, noyer sculpté, marqueté et peint, garniture en velours et soie, 265 x 130 x 78 cm

Dépôt du musée de Cluny, musée national du Moyen Âge, Paris, collection Strauss, don de Charlotte de Rothschild

Arche sainte, Modène, 1472, noyer sculpté, marqueté et peint, garniture en velours et soie, 265 x 130 x 78 cm

Dépôt du musée de Cluny, musée national du Moyen Âge, Paris, collection Strauss, don de Charlotte de Rothschild

Destinée au rangement des rouleaux de Torah, et toujours placée contre le mur Est, en direction de Jérusalem, l’arche sainte constitue, avec le pupitre de lecture (tevah), l’élément principal du mobilier synagogal.

Cet exemplaire en bois sculpté, peint et marqueté – offert à la synagogue de Modène en Italie en 1472 par un certain Elhanan Rafael, fils de Daniel – constitue la pièce maîtresse de la collection réunie au milieu du XIXe siècle par le compositeur et chef d’orchestre Isaac Strauss (1806-1888), donnée en 1890 par la baronne Charlotte de Rothschild au musée de Cluny.

Si on retrouve la trace d’arches de même style sur les enluminures de manuscrits contemporains en hébreu, notamment dans un livre de prières copié en 1466 à Reggio Emilia (British Library) ou un Tour de Jacob de ben Asher exécuté à Mantoue en 1436 (Bibliothèque Vaticane), il s’agit en effet de la plus ancienne arche sainte en bois qui nous soit parvenue. 

Composée de deux corps d’armoire et surmontée d’une corniche crénelée, elle évoque par sa forme une tour fortifiée, allégorie de la protection divine : « Le nom du Seigneur est une tour fortifiée : le juste s’y réfugie et est hors d’atteinte » (Proverbes, 18, 10).

La fonction de l’objet est rappelée par plusieurs inscriptions courant sur trois côtés en haut des deux corps, évoquant en hébreu la force de la Torah « La loi de l’Eternel est parfaite : elle réconforte l’âme. Le témoignage de l’Eternel est véridique ; il donne la sagesse au simple » (Psaume, 19, 8-9) et son lien symbolique avec le sanctuaire du Temple de Jérusalem « Car c’est de Sion que sort la Torah et de Jérusalem la parole du Seigneur » (Isaïe, 2, 3) et « C’est un trône glorieux, sublime de toute éternité, que le lieu de notre sanctuaire ! » (Jérémie, 17, 12), la dédicace du meuble parlant d’une « arche d’alliance » (aron ha-Brit), tandis que les colonnettes torsadées évoquent Yakhin et Boaz, les colonnes du Temple.

Le décor du meuble est constitué de 56 panneaux sculptés de motifs en rosace et de filets marquetés selon la technique dite de la certosina, une tablette amovible portant un vase de fleurs – allusion à l’arbre de vie, symbole de la Torah – réalisé selon le même procédé. Stylistiquement, il s’agit donc, en dépit de sa date avancée dans le Quattrocento, d’un meuble de transition entre les derniers feux du gothique flamboyant et l’art nouveau de la Renaissance.

D’une qualité exceptionnelle, il est attribué à Christoforo Canozzi da Lendinara (v. 1420 – avant 1490), artiste réputé pour ses studioli (cabinets), au service de la famille d’Este, témoignant de la remarquable intégration des juifs italiens à cette date. Une crédence, de même facture mais sans fonction liturgique, est conservée au Cloisters Museum à New York.

Sur le même thème

Calendrier pour le décompte de l’‘Omer (sefirat ha-‘Omer), fin XVIIIe, début XIXe siècle
Fêtes et cérémonies, Synagogue

Fin du XVIIIe – début du XIXe siècle

Bandelette de Torah (mappah) d’Abraham Mordekhaï, fils d’Alexander Katz, Alsace ou Allemagne, 1752, lin brodé au fil de soie, 15,5 × 363,5 cm, dépôt de la fondation Pro mahJ, legs de Marion Rotil
Synagogue

Alsace ou Allemagne, 1752

Synagogue

Jean Lubin Vauzelle (Angerville-la-Gâte, 1776 – Paris, 1837)

Bordeaux, vers 1812