Service de Yom Kippour des soldats juifs de l'armée allemande durant le siège de Metz

OPPENHEIM, Moritz
, Hanau, 1800 - Francfort/Main, 1882
JUNKER, Hermann
Berlin, Allemagne, 
1871
Inv.
95.31.001
Textile
Mouchoir militaire
Service de Yom Kippour des soldats juifs de l'armée allemande durant le siège de Metz
Dimensions :
Mouchoir : H. 67,3 - L. 71 / Montage : H. 71 - L. 74,5 cm
Toile de coton imprimée en réserve sur fond rouge
mahJ, 
don du Joodsch historisches Museum

Pour toute demande de reproduction veuillez contacter la photothèque.

Description

Le foulard présente une bordure rouge, ornée de guirlandes végétales et d'une étoile de David. Elle présente six inscriptions, deux principales en hébreu et en allemand légendant la scène et proclamant « Nous n’avons qu’un seul père, Dieu ne nous a-t-il pas tous créés » (Malachie, 2-10), et quatre médaillons dans les angles reproduisant, en allemand, des poèmes patriotiques célébrant la symbiose entre judaïté et nation allemande. Au centre, la scène est figurée en grisaille : des hommes en uniformes et képis, certains portant un châle de prière ; l'arche sainte faite avec des matériaux rudimentaires ; en arrière-plan la forêt vosgienne.

Edition :
Gründfeld, J.
Publication :
Decomps, Claire et Moinet, Eric, dir., Les Juifs et la Lorraine un millénaire d’histoire partagée, (expo musée lorrain), Paris, Somogy, 2009, p. 86 et 212
Inscriptions
'Avodat Yom Ha-kippourim Tarlah (5631) asher 'al penei Metz (en haut dans une banderole tenue par des angelots)
Service du Yom Kippour 5631 dans le camp installé devant Metz ; Épigraphe en allemand : N'avons nous pas un seul père ? Dieu ne nous a-t-il pas tous créés ?

Inspiré d’un tableau du célèbre peintre de Francfort Moritz Oppenheim "Le service de Yom Kippour 5631 [1870] dans le camp installé devant Metz", reproduit par une gravure d’Hermann Junker diffusée à des milliers d’exemplaires sous forme de carte postale, ce foulard en coton a été imprimé dès 1871 par la firme berlinoise J. Gründfeld, devenant Outre-Rhin le symbole de l’intégration des juifs et d’une unité encore bien fictive de la nation allemande. 1200 soldats juifs assistent, sous la protection de leurs camarades chrétiens, à un office en plein air célébré autour d’une tribune et d’une arche sainte de fortune.
Un article de Holger Hubner de 2011 décortique la genèse de ce mythe répandu jusqu’à l’arrivée au pouvoir des nazis, aussi bien en Allemagne qu’aux États-Unis. L’armée allemande a effectivement autorisé l’organisation d’un office de Kippour durant le siège de la place, mais tout le reste de la scène relève de la propagande. Célébré par Isaac Blumenstein, rabbin de Mannheim, cet office ne s’est pas déroulé en plein air mais dans une maison du village de Sainte-Barbe (une autre gravure d’Hermann Junker, au propos beaucoup plus modeste, reproduit effectivement un office de Kol Nidré improvisé dans cette maison). Il n’y avait pas plus de 60 à 70 soldats et la scène n’a pas eu lieu le 27 octobre, date de la reddition de Metz, mais quelques semaines auparavant le 4-5.
Si quelques témoignages individuels évoquant cet office messin ont été publiés dans des journaux en Allemagne, et très rapidement, à New York - où se trouvent déjà à cette date de nombreux immigrants allemands - il semble que le facteur déclenchant ait été la nouvelle qu’un office de Yom Kippour avait été organisé par le baron de Rothschild dans son château de Ferrière, près de Paris, à l’intention des juifs français sous les drapeaux. Le changement de date est loin d’être innocent puisqu’il suggère rien moins que c’est cette prière particulière, rendue possible par l’exceptionnelle entente entre chrétiens et juifs allemands, qui a précipité la chute de Metz et de la France.
Des exemplaires de ce mouchoir sont conservés dans un grand nombre de musées juifs (Berlin, Francfort, Prague, New-York...). Un autre à la synagogue de Thionville en Lorraine.