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Rouleau d'Esther

GAROUSTE, Gérard ( Paris, 1946 ) ( lithographe )
BENHAMRON, Armand ( texte )
GAROUSTE, Elisabeth ( Paris, 1946 ) ( auteur de l'étui )
Paris, France,
2015
Inv.
2017.31.001
Estampe
Rouleau d'Esther
Megillat Ester, מגילת אסתר
Dimensions :
H. 42,5 - L. 410 cm (rouleau) / H. 49,9 - L. 9,2 - P. 9,2 cm (étui)
Lithographie numérique pigmentaire, gouache, feuille d'or
mahJ,
don de la Fondation Excelvy, sous l'égide de la Fondation du judaïsme Français

Pour toute demande de reproduction veuillez contacter la photothèque.

Contexte d'utilisation
Fête liturgique/ Pourim, Fête des sorts
Historique
Cette megillah (pl. megillot, de l’hébreu « rouleau ») s’inscrit dans la continuité des œuvres à thème juif produites par Garouste et inspirées soit par la Bible (ici, le Livre d’Esther ou megillat Ester, huitième texte des Hagiographes ou Ketouvim ), soit par la Haggadah (récit rituel de la sortie d’Égypte) qu’il illustre en 2001 en collaboration avec le rabbin et philosophe Marc-Alain Ouaknin, soit par des textes de la tradition rabbinique ou de la littérature juive, telle sa grande huile sur toile consacrée au Golem (2011), peinture inspirée du journal de Franz Kafka, exposée au mahJ dans l’exposition « Golem. Avatars d’une légende d’argile » (mars-juillet 2017).
Le Livre d’Esther relate un épisode de l’histoire des juifs exilés à Suse au début du Ve siècle avant notre ère, lorsqu’un complot visant à l’extermination des juifs de l’Empire perse est ourdi par Haman, vizir du roi Assuérus (Ahashverosh en hébreu), souverain diversement identifié par les historiens comme Xersès Ier [roi de 486 à464 avant notre ère] ou Artaxersès Ier [roi de 465 à 424 avant notre ère] ou encore Artaxersès II Mnémon [roi de 404 à 358 avant notre ère]. Dans un spectaculaire retournement de situation, le projet criminel est dérouté par l’habileté politique d’un des chefs des juifs en exil, Mardochée (Mordekhaï en hébreu) qui marie sa parente Esther au souverain. Devenue reine, la pieuse Esther s’emploie à déjouer le plan du ministre et, par ses prières, gagne la sympathie de son époux pour le peuple juif. On assiste enfin au sauvetage des juifs, au triomphe de la justice et à l’exécution (beaucoup moins clémente) du vizir et de ses dix fils.
Dans la littérature française, le Livre d’Esther a fourni à Jean Racine l’argument de sa tragédie Esther (1689). Dans la tradition juive, il est a donné lieu à la célébration de la fête des Sorts, ou fête de Pourim (de pour, « sorts » en farsi), qui, à la fin de l’hiver, le 14e jour du mois d’adar du calendrier hébraïque, se déroule dans la joie d’une spectaculaire débauche de déguisements et de bruits. Certains auteurs y voient l’origine du carnaval traditionnel européen, avec lequel cette fête partage le renversement des situations et des hiérarchies sociales. De même, la jeune et courageuse Esther reste une juive cachée (Ester vient du verbe hébreu lehastir « cacher ») jusqu’à ce qu’elle se révèle comme telle à son époux, créant la stupeur et le coup de théâtre.
Le jour de Pourim, le texte de la megillat Ester est lu en public, à la synagogue ; il fait souvent l’objet de commentaires et de méditations sur la préscience de l’extermination qu’il recèle. On a donc affaire à un texte à la fois festif – commémoratif d’un événement que la tradition tient pour majeur, voire miraculeux –, et profondément philosophique, d’autant que c’est l’un des rares textes de la Bible hébraïque dont la mention de Dieu soit totalement absente, ce qui a inspiré à Lucien Goldmann le titre du Dieu caché, son ouvrage de référence sur Racine et Pascal (1955).
Une megillah est un rouleau composé de plusieurs lés de parchemins cousus bout à bout, enroulé et fixé sur un seul axe en bois. Sa graphie, très codifiée, est l’œuvre d’un scribe patenté (ou sofer), qui recopie le texte original avec fidélité. Le texte peut aussi être imprimé avant d’être décoré à la main par l’artiste. Mais le décor peut également être gravé puis colorié à la main. La production contemporaine consiste essentiellement en megillot entièrement imprimées et la commande ou la réalisation d’une megillat Ester entièrement faite à la main (décor et texte) est une chose devenue rare.
Le mahJ possède cinquante-neuf megillot Ester, de tailles et d’époques très diverses, provenant de France, des Pays-Bas, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique du Nord, de l’Empire ottoman, d’Europe centrale et d’Europe orientale ; les plus anciennes de la collection sont marocaines et italiennes et datent du XVIIe siècle.
Celle de Gérard Garouste a été conçue pour la synagogue de la communauté massortie (« moderne orthodoxe ») Adath Shalom, dans le 15e arrondissement de Paris, que l’artiste fréquente régulièrement. S’inscrivant sans réserve dans cette tradition, Garouste a littéralement enluminé un rouleau de parchemin de 42,5 cm de large et de 410 cm de long. Après que le scribe a calligraphié le texte, l’artiste a occupé tous les espaces disponibles (gouttières entre les colonnes de texte, marges supérieure et inférieure, etc.) de scènes inspirées du Livre d’Esther et de nombreux ornements, rinceaux, aplats de couleur, etc. Le parchemin ne souffrant aucun repentir, comme le souligne l’artiste, ses interventions à la gouache se devaient d’être d’une grande maitrise. Garouste a par ailleurs réalisé lui-même l’axe en fer argenté sur lequel s’enroule le parchemin du volume princeps.
Cette megillah portant le n° 6 appartient à une série de dix tirages numériques pigmentaires sur papier exécutés par le studio Frank Bordas à Paris (où l’artiste réalise toutes ses lithographies), reproduisant à la perfection l’original sur parchemin commandé par la synagogue à Garouste. Chaque exemplaire a fait l’objet de très nombreux rehauts à la gouache et à la feuille d’or par l’artiste – qui a complété les scènes, modifié les couleurs de certains aplats, ajouté des rinceaux, etc. –, faisant de chacun des tirages une œuvre singulière. Le coffret contenant le rouleau a été conçu par Elisabeth Garouste, femme de l’artiste. Cette megillah fait ainsi partie des rares judaica contemporains dus à des artistes importants et échappant au registre de la production de masse comparable, dans le domaine chrétien, à celle des objets de piété sulpiciens.
Né en 1946, Gérard Garouste a été élève à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de 1965 à 1972. Il commence à exposer en 1980 à la galerie Durand-Dessert à Paris, puis en 1982 à la Holly Solomon Gallery à New York. La reconnaissance institutionnelle arrive en 1987, au CAPC de Bordeaux, où il présente conjointement huiles sur toiles et acryliques sur indienne, puis à la fondation Cartier à Jouy-en-Josas. Depuis 2001, Gérard Garouste est représenté par la galerie Daniel Templon. Son œuvre est particulièrement appréciée pour ses grands tableaux, souvent à thème mythologique, qui célèbrent sans ambages un retour à la figure et au métier.
Fils d’un père pétainiste et antisémite, collaborateur notoire et négociant en biens spoliés, l’artiste se rapproche du judaïsme à travers son épouse Elisabeth, jusqu’à sa conversion au début des années 2010. Depuis les années 1990, il se plonge dans l’étude de la Bible hébraïque et des textes rabbiniques (Talmud), qui lui fournissent la trame d’une profonde réflexion philosophico-religieuse, conduite en particulier avec Marc-Alain Ouaknin, et qui constituent le matériau théorique d’un certain nombre de ses œuvres récentes.
Provenance
Achat en 2017 par la Fondation Excelvy auprès de la synagogue Adath Shalom
La Fondation Excelvy, créée par l'homme d'affaires Georges-Henri Lévy, soutient la formation de jeunes de milieux défavorisés, notamment par le biais de bourses d’excellence, tel fût le cas avec l’octroi d’une bourse pour Stéphane Trano afin que ce dernier puisse poursuivre une étude sur la psychologie de la terreur à l’Université de Columbia. Cette Fondation aide également au développement de projets innovants comme la remise du Prix Janusz Korczak. Le thème du Prix Janusz Korczak varie chaque année – la littérature, le monde des arts, les devoirs du citoyen, la connaissance du passé sans jamais oublier le thème fondateur, les enfants dans la guerre. C’est une invitation pour chaque élève à réfléchir et à penser. Et pour les enseignants, à accompagner l’épanouissement de la sensibilité, de l’intelligence et de la faculté de discernement dont, ainsi que le soulignait Janusz Korczak, tout enfant est doté.
Description
Long rouleau de papier comprenant seize colonnes de texte en hébreu entrecoupées d'illustrations couleur et enluminures, et son étui en carton entoilé de couleur rouille
Marques
Sur l'étui: "VI/X" à la mine de plomb, "E.G." gravé sur cachet en cuivre
Langue
Hébreu
Inscriptions
אסתר
Traduction
Esther
Bibliographie
Gérard Garouste et Judith Perrignon, L’intranquille. Autoportrait d’un fils, d'un peintre, d'un fou, Paris, L’iconoclaste, 2009
Gérard Garouste, La Méguila d’Esther, Paris, Hermann, 2016