Plat pour la Pâque

Italie, France, 
19e siècle, 2e moitié
Inv.
2017.03.001
Objet cultuel
Plat pour la Pâque
Plat de Seder, סדר
Dimensions :
D. 46,5 - Ep. 4,5 cm
Majolique
mahJ, 
don de Céline Kichelewski

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Description

Plat pour la Pâque dans le style du XVIIe siècle.
Il porte sur le marli deux scènes religieuses dans des médaillons : Sacrifice d'Isaac et les sages de Bnei Braq ainsi que des représentations de Moïse, Aaron, Salomon et David.
Le centre du plat est décoré d'inscriptions liturgiques en hébreu.

Inscriptions
מלאכת יעקב זקותי אנקונה שנת התד
Œuvre de Iacob Zacouti Ancône année 409 [1649]

Les faux en judaïca sont un sujet très intéressant. Il convient avant de commenter ce cas-ci, de rappeler que cette tendance à la reproduction ou à l’invention de faux objets liés à des traditions culturelles passées ne répondait pas nécessairement, ou initialement, à un désir de profiter d’un client ignorant des distinctions entre le faux et l’authentique. Il n’est d’ailleurs pas exclu que le coût de production de l’imitation ait été proche, en valeur absolue, de celui de l’objet authentique.
Le goût pour l’ancien révèle plus qu’un désir d’imitation simple. La notion d’imitation ne met pas seulement en question la valeur économique de l’objet mais s’adresse plutôt aux valeurs spirituelle et culturelle qu’il représente. Ainsi, certaines orfèvreries se sont-elles spécialisées dans la reproduction d’objets et d’œuvres antiques, médiévaux ou classiques parce qu’ils étaient considérés comme des objets d’art uniques ou prestigieux. On imitait ainsi le propriétaire ou le destinataire de l’œuvre. On montrait surtout, par cette possession d’une telle reproduction, qu’on en connaissait l’existence, qu’on l’appréciait ; elle mettait en évidence la culture et le goût de l’acquéreur. À l’âge de la culture bourgeoise, l’imitation n’était donc en aucun cas perçue comme ridicule ou négative mais distinguait au contraire entre les connaisseurs (cultivés ou raffinés) et les ignorants.
Les artisans et orfèvres, juifs ou liés à une clientèle juive, ne firent que répondre à cette demande en produisant des reproductions (imitations ou créations « dans le style de ») suivant des modèles d’une tradition parfois très ancienne. La vigilance des experts et des conservateurs est indispensable face à des bagues de mariages, lampes de Hanoukkah, menorot, assiettes, lampes et autres objets de culte dont la qualité peut être égale ou même supérieure à celle de l’objet imité.
Dans le cas des plats de Seder, nous ignorons s’il exista jamais une telle assiette à la Renaissance. Mais ceux qui la produisirent au XIXe siècle (soit en France, soit en Italie) ne manquèrent pas d’imaginer qu’une famille juive aisée, dans le ghetto vénitien ou ailleurs en Italie, aurait possédé un tel plat et qu’elle l’aurait utilisé pour les fêtes - ce dont nous n’avons aucune preuve matérielle jusqu’à présent. Mais le goût pour ces objets se développa rapidement et il est probable qu’ils faisaient partie des cadeaux offerts à un couple de jeunes mariés ou que l’on acquérait pour fêter dignement les fêtes juives en famille. Ou bien il était tout simplement placé dans une vitrine, exposé à la vue des visiteurs.
Ce style Renaissance ne saurait en aucun cas nuire à la qualité même de certains de ces plats, car là aussi, le savoir-faire du scribe, sans aucun doute juif si l’on en juge par la qualité de l’écriture et l’exactitude du texte copié est souvent bien supérieure à celle du peintre - la médiocre qualité des scènes peintes (détail typique des majoliques italienne des XVe et XVIe siècles et qui étaient dénommées « istorieta » - historiette) est frappante et elle ne saurait être mise sur le compte d’un « art populaire ». Mais ainsi que l’a montré Vivian Mann, l’ancienne conservatrice des judaïca du musée juif de New York, nombre de ces scènes ont été simplement copiées de la Haggadah de Trieste, un ouvrage très populaire mais qui ne parut que dans la seconde moitié du XIXe siècle, en 1868. On retrouve ainsi selon les exemplaires le sacrifice d’Isaac, Joseph accueillant ses frères en Égypte, le repas de la Pâque avant l’Exode, les figures de Moïse, Aron, David ou Salomon, les sages de Bnei Braq… Les signatures qui les ornent varient dans les noms des scribes et les lieux, ainsi que dans les dates. Mais les scènes sont les mêmes, plus ou moins bien exécutées. Le passage du texte biblique ou de la Haggadah inscrit au centre du plat est toujours peint d’une belle écriture en caractères hébraïques carrés, mais pas de la même main. Nous nous trouvons donc en présence d’un ou plusieurs ateliers, certains plus talentueux que d’autres qui peut-être les imitent.
Ici, l’inscription en bel hébreu : « מלאכת יעקב זקותי אנקונה שנת התד » (« Malekhat Ya’aqov Zaqouti Ancona shnat HTD » soit « Œuvre de Iacob Zacouti Ancône année 409 [1649] »)
On connaît plus d’une dizaine de ces plats de Seder en majolique, conservées dans de grandes collections publiques (musées juifs de New York, de Prague, Musée d’Israël à Jérusalem) ou des collections privées (telle celle de Michael et Judy Steinhardt aux USA, vendue chez Sotheby’s il y a quelques années) et le mahJ en possède déjà une (MAHJ 2002.01.0915), en meilleur état mais d’une décoration plus médiocre, sans doute fabriquée en France.