Lettre

DUMAS, Roger docteur
Lédignan, Gard, France, 
1902.10.06
Inv.
97.17.049.003
Document d'archives
Lettre
Dimensions :
Enveloppe : H. 11,2 - L. 14,7 / Lettre : H. 19,2 - L. 12,5 cm
Ecriture manuscrite à l'encre sur papier à en-tête imprimé. Enveloppe : tampons humides, timbre collé.
mahJ, 
don des petits-enfants du capitaine Dreyfus

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Description

4 pages. Enveloppe conservée.

Il lui parle des obsèques de Zola et de son prochain voyage à Montpellier où il doit aller voir "M". Persuadé qu'une illégalité avait été commise en 1899, à Rennes, comme à Paris en 1894 (transmission de pièces à l'insu de la défense), Mathieu Dreyfus avait demandé à son amis Dumas de mener une enquête à Montpellier, où le commandant Merle, un des juges de Rennes, avait pris sa retraite. Il s'agissait de le faire parler et de savoir s'il avait été question, entre les juges, pendant les interruptions d'audience ou lors du délibéré, du fameux bordereau annoté. Cette pièce, extraordinaire légende, eut en fait deux versions qui correspondit à deux dénominations différentes et successives : "lettre de l'empereur d'Allemagne" puis "bordereau annoté". Dans sa première version, la pièce était une lettre, selon l'article qui en parla le premier (Charles Roger, " La Pièce secrète. La Vérité sur le traître ", L`Intransigeant, 13 décembre 1897), écrite par Guillaume II à M. de Münster, et qui " nommait tout au long le capitaine Dreyfus, commentait certains renseignements et chargeait l'agent de l'ambassade communiquant avec lui d'indiquer au traître les autres renseignements à recueillir, nécessaires à l'État-Major allemand ". Il était aussi raconté, dans ce même article, que cette fameuse lettre avait été dérobée en même temps que sept autres lettres de Dreyfus à Münster à l'ambassade d'Allemagne et que, peu avant le procès, Charles Dupuy, président du Conseil, avait été sommé de les rendre. Ce qui avait été fait après la prise de clichés qui seront soumis aux juges de 1894. La fable fut officiellement démentie. Mais Charles Roger, dans son article, allait plus loin encore dans le sensationnel. Il révélait l'existence d'une autre lettre bien plus extraordinaire encore : " Dreyfus était exaspéré de puis longtemps de la campagne antisémite menée par plusieurs journaux. / Très ambitieux, il se disait que, Juif, il ne pourrait jamais atteindre aux sommets de la hiérarchie qu'il rêvait. / Et il pensait que, dans ces conditions, il serait préférable pour lui de reconnaître comme définitifs les résultats de la guerre de 1897, d'aller habiter l'Alsace, où il avait des intérêts, et d'adopter enfin la nationalité allemande. / C'est alors qu'il songea à donner sa démission, à quitter l'armée. / Mais, auparavant, il écrivit directement à l'empereur d'Allemagne, afin de lui faire part de ses sympathies pour sa personne et pour la nation dont il est le chef, et lui demander s'il consentirait à lui permettre d'entrer avec son grade dans l'armée allemande. / Guillaume II fit savoir au capitaine Dreyfus, par l'entremise de l'ambassadeur d'Allemagne, qu'il était préférable qu'il servît le pays allemand, sa vraie patrie, dans le poste que les circonstances lui avaient assigné, et qu'il serait considéré à l'état-major allemand comme un officier en mission en France. / La promesse lui fut faite, en outre, qu'en cas de guerre il prendrait immédiatement rang dans l'armée allemande. / Dreyfus accepta ces conditions. / Et la trahison commença (...) ". Le second stade de la légende, le bordereau annoté, était, selon les adversaires du capitaine, l'original du bordereau (la pièce connue, sur papier pelure, n'étant qu'un calque) annoté de la main même de l'empereur d'Allemagne. Il avait été aussi remis, selon la légende, à l'ambassadeur allemand, non plus par Dupuy mais par le Président Casimir-Perier lui-même. Casimir-Perier aurait alors fait la promesse de n'en jamais parler. Sur cette légende du bordereau et sur celle de la visite de Münster, cf. Dreyfus, Carnet 1899-1907. Paris, Calmann-Lévy, 1998. Sue cette enquête, voir les lettres de Merle (jusqu'à 97.17.049.032) et les lettres de la même époque de Mathieu à Alfred Dreyfus (97.17.031.044 et suivantes).