Le salon des parents de l'artiste à Nagyvárad

BÍRÓ, József
, Nagyvárad (Hongrie), 1907 - Budapest, 1945
Nagyvárad, Hongrie, 
1930 vers
Inv.
2020.21.002
Peinture
Tableau
Le salon des parents de l'artiste à Nagyvárad
Dimensions :
H. 31 - L. 37,5 cm
Huile sur carton
mahJ, 
don de M. Adam Biro

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Inscriptions
Au revers "BIRO JOZSEF/ 1907-1945/ Don d'Adam Biro, son neveu, avril 2019/ Le salon des parents de l'artiste à Nagyvárad, Transylvanie, ca. 1930/ Huile sur carton"

József Bíró est né en 1907 en Hongrie, à Nagyvárad (Oradea, aujourd’hui en Roumanie), ville abritant la seconde communauté juive hongroise après Budapest (25 % de la population en 1910). Issu d’un milieu intellectuel, il est le fils du directeur du lycée juif de sa province natale qu’il représente dans son tableau École de Nagyvarad. Malgré sa surdité, il fait preuve de grandes facilités dans l’étude des langues, lisant le copte, l’araméen, le latin, le grec, le français, l’anglais, l’allemand, le hollandais, le roumain, l’italien et l’espagnol. Surnommé Józsi, il est décrit par son neveu Adam Biro dans son ouvrage Les Ancêtres d’Ulysse comme « l’enfant chéri, le préféré, à qui tout réussissait ».

Avant d’être peintre, József Bíró est historien de l’art, spécialiste du baroque et plus particulièrement du baroque de Transylvanie. Il effectue de nombreux voyages à travers sa région en y étudiant châteaux et églises au sujet desquels il produit plusieurs monographies illustrées par ses propres dessins, relevés et photographies. Il rédige également trois thèses de doctorat.

Connaissant les différents courants de l’histoire de l’art, le peintre József Bíró s’essaye à plusieurs styles, jusqu’à l’abstraction. Élève d’István Réti, il fait ainsi partie de l’école de Nagybánya avant de s’en détacher pour trouver son propre style. Selon Adam Biro, le chef d’œuvre de József Bíró est un grand tableau représentant la place des Franciscains à Budapest qui rend compte d’une atmosphère parisienne dans une esthétique proche de Marquet. József Bíró ne s’est cependant jamais rendu à Paris, n’ayant jamais quitté la Hongrie. C’est au travers des œuvres des artistes fauves hongrois et de ses lectures, qu’il il accède au fauvisme. En 1929, il participe à l’exposition de l’Association hongroise des peintres juifs universitaires, au sein de laquelle exposent notamment le décorateur de cinéma Alexandre Trauner, István Farkas et Zoltán Kemény.

Outre la peinture, József Bíró travaille différents médiums tels que la gravure et l’affiche. Il porte une attention particulière au travail d’après nature exécutant de nombreuses études de nus, portraits et croquis, tout en s’intéressant aux maîtres anciens. Il réalise notamment un grand portrait inspiré de la Leçon d’anatomie de Rembrandt au sein duquel il peint son frère en docteur Tulp.

A partir du coup d’État du 15 octobre 1944, la Hongrie est dirigée par le parti fasciste violent, radical et antisémite des Croix fléchées, dirigé par le nazi Ferenc Szálasi. József Bíró est alors réfugié à Budapest avec ses parents, sa belle-sœur et son neveu Adam Biro. Plusieurs milliers de Juifs de la ville sont assassinés et jetés dans les eaux glacées du Danube. Les rafles débutent le 20 octobre 1944. Le 6 janvier 1945, József Bíró est fusillé sur la rive du Danube côté Pest, devant le pilier du Pont de chaîne ou Pont suspendu, et jeté dans le fleuve, avec son père, par des Croix-fléchées, après s’être fait arrêter place de l’Oktogon, alors qu’il souhaitait récupérer des affaires laissées dans une cave ou un appartement. Dans son ouvrage Les Ancêtres d’Ulysse, Adam Biro relate cette arrestation : « Un vendeur de journaux qui les connaissait a crié : « Ces deux-là, c’est des juifs ». Ils ont été emmenés dans un immeuble qui appartenait aux croix-fléchées ; ceux-ci n’en voulaient qu’à mon oncle (pourquoi ?) et étaient prêts à relâcher mon grand-père. Il a refusé d’abandonner son fils sourd. Ils ont été torturés (avec un rasoir, je le sais, je n’ai jamais osé le dire à personne parce que je ne voulais pas y penser, je n’osais pas imaginer la scène, même mes parents ne le savaient pas, mon grand-père a essuyé le sang sur le dos de son fils avec sa chemise), puis traînés, avec d’autres, près du Lánchíd. Là, au bord du Danube, on les a attachés ensemble, et on a tiré sur l’un des deux pour que le mort entraîne le vivant au fond de l’eau. Le père a-t-il entraîné le fils ? Ou le contraire ? ».

Historique
Famille de l'artiste