Intérieur d'une synagogue

Italie, 
18e siècle, 1ere moitié
Inv.
D.2017.06.001
ancien inv.
92.H1.001
Peinture
Intérieur d'une synagogue
Dimensions :
H. 73,3 - L. 96,7 cm (châssis); H. 93,3 - L. 117 - Ep. 5,5 cm (cadre)
Huile sur toile
Prêt du musée judéo-comtadin de Cavaillon

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Description

A l'intérieur d'une synagogue, groupe d'hommes couverts d'un chapeau, priant. Au centre, trois hommes couverts d'un châle de prière s'affairent à la lecture de la Torah sur le pupitre d'officiant éclairé par une rangée de cierges, devant une arche sainte en pierre. A gauche, devant la porte, deux fidèles sont en tenue civile typique du 18ème siècle. Décor peint en jaune et orangé au mur et une série de cinq lustres et quatre veilleuses de synagogue.

Bien que sa représentation ne soit pas formellement identifiée, cette peinture nous renseigne sur la sociologie des communautés juives résidant dans l'ensemble des états du pape aux XVIIe-XVIIIe siècles. Elle nous permet aussi de mettre en séquence la forme architecturale des synagogues comtadines, originale en soi, mais dont la plus proche parenté morphologique se situe en Italie du Nord, plus spécialement à Venise, à la Scuola Levantina.
La construction des synagogues du Comtat, telles celles de cavaillon ou de Carpentras répondent à une coutume proprement judéo comtadine induisant une architecture et un décor nulle part ailleurs attestés. Ici, l'espace lithurgique s'affirme dans tout le volume de la salle de prières, éloignant du tabernacle le pupitre de lecture juché sur une tribune qui lui fait face.Les femmes sont logées ici dans une salle basse. Le port d'un signe particulier, obligatoire depuis le concile du Latran en 1215, a pris à l'époque moderne la forme d'un chapeau jaune, marque d'exclusion et de tolérance mêlées, réservée aux seuls états pontificaux. Pour être attestée, cette réalité était jusqu'alors bien peu connue par la représentation figurée. A l'occasion de la restauration de la synagogue cavaillon, nous avons certes retrouvé une petite pièce de soie jaune glissée dans une pochette sous les lambris du XVIIIe siècle... Le fait de donner à voir une communauté, représentée en tant que telle avec cette marque, est d'un intérêt exceptionnel.
Si le lien de cette toile avec les états pontificaux ne paraît pas contestable, s'agit-il pour autant d'une synagogue comtadine? Bien qu'anonyme, elle est la nature du regard de l'auteur, témoin extérieur ou peintre issu de la communauté des juifs? L'attribution du décor, le caractère des luminaires, des costumes, la composition de l'assemblée et des deux "visiteurs" à gauche, enfin le rythme du rouge et or renvoient-ils à une référence provençale -tabernacle, table de lecture et principe de séparation des sexes- paraît en définitive correspondre davantage à une définition plus "universelle" que comtadine.