Forteresse de paille

REIMS, Cécile
, Paris, 1927-
France, 
2005
Inv.
D.2012.80.001
Estampe
Gravure
Dimensions :
Feuille : H. 38,2 - L. 28,2 cm
Vélin BFK rives
Dépôt de la Fondation Pro-Mahj, 
don de Cécile Reims

Pour toute demande de reproduction veuillez contacter la photothèque.

Description

Emboîtage comprenant l’œuvre intitulée Forteresse de paille : 4 feuillets doubles de texte ainsi que 10 feuillets simples sur lesquels se trouve une gravure. Le texte est de Cécile Reims.
Ceci est le premier feuillet double et ne comporte que du texte.

Edition :
Edition Paris : Alain Margaron, 2006.
Inscriptions
Les blés ont mûri. Des épis, naguère dressés, ne dépassent / du sol crayeux que les pointes acérées des tiges tranchées. / A perte de vue une herse brasse le vent. Dans l'étendue que n'interrompt aucun relief soudain se / dresse, arrimée à la terre desséchée, une nef altière. / Un immense vaisseau sur un océan immobile. / Une cathédrale élevée à des dieux inconnus. / Une forteresse de paille. Les gigantesques blocs, cependant, se révèlent chaumes / pressés, accumulation de bottes ramassées dans les champs / moissonnés. Adossées les unes aux autres, portées les unes par les autres, / en une vertigineuse construction. / Une éphémère citadelle. Ici et là, s'ouvrent des interstices, lèvres entrebâillées, fentes / ténébreuses, plaies fusant vers d'improbables entrailles. / A quelles salles interdites mènent-elles ? / Quels cultes secrets y célèbre-t-on ? Au terme de l'été, le soleil a terni la brillance de la paille. / Mais ni le vent ni la pluie n'ont ébranlé la forteresse, debout / dans l'aridité poussiéreuse de la plaine sans fin. Au loin d'abord, se rapprochant par vagues successives, / d'épaisses fumées s'élèvent, s'étalent. / Le feu est mis aux chaumes. / Crémation purificatrice où périt ce qui vit à la surface ; / Un univers se consume en flammes. / Les labours peuvent commencer. De puissants crocs pénètrent la terre noircie, la défoncent, / la retournent, amènent à la lumière des mottes luisantes, / fécondes d'humidité, offertes à la semence prochaine. / Plus près, toujours plus près de la citadelle encerclée. / Cernée. / Le temps est venu de son arasement. Étage par étage, les escaliers géants s'effondrent. / Pan par pan, la paille altérée de la façade dévoile celle qui, / protégée, a conservé son éclat. / Arrêtées par un surplomb, elles abritent de brèves cavernes / brutalement éventrées qui s'affaissent à leur tour. / La forteresse est démantelée.

Impression L'Haÿ-les-Roses : François Huin (typographie) et Paris : Atelier Moret (taille-douce), achevée au printemps 2006.