Brouillon de lettre demandant un rabbin français pour les Juifs d'Algérie

Paris, France, 
Sans date [1839 vers]
Inv.
2006.16.003
Document d'archives
Lettre
Dimensions :
H. 20 - L. 15,4 cm
Ecriture manuscrite à l'encre sur papier.
mahJ, 
don de M. et Mme Bonn

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Description

Brouillon de lettre manuscrite recto-verso, rature et repentir

Inscriptions
A leur maître et gouverneur, les Israélites d'Alger, salut : Bientôt neuf ans seront écoulés depuis l'heureuse époque où pour nous, la volonté tyrannique des barbares à fait place aux lois sages et humaines des Français. Dès lors Juifs ou Mahométans, français ou Arabes, tous reposent en paix sous l'aile de votre puissance et le brave français emportant sur ses épaules la malheureuse juive arrachée au carnage est un tableau vivant dans notre mémoire qui nous dit sans cesse que devant les français tous les hommes sont égaux et pour avoir recours à leur philantropie (sic) et à leur humanité il suffit de souffrir. Eh bien nous souffrons, non pas dans notre corps car vous avez fait tout ce qui a pu être fait pour assurer nos possessions et pour que nous jouissions avec joie du travail de nos mains, mais nous rougissons dans notre âme car nous sentons combien sont grands les bien(faits?) que vous exercez envers nous et que nous ne pouvons répandre; nous savons encore que nous ne pouvons mieux les rendre qu'en nous rendant dignes de les mériter. Ah! Que n'avons-nous à notre tête un chef d'outre-mer, un rabbin français qui puisse nous enseigner comment nous nous élèverons à la hauteur de la civilisation française. Car nos frères d'outre-mer, les Israélites français étaient aussi comme nous, nos pères nous l'ont dit, longtemps courbés sous le joug de l'oppression mais enfin libres, ils se sont rendus utiles à leur belle patrie et dignes de leur concitoyens généreux. Et nous qui sommes vingt mille dans la Régence et six mille dans la métropole, laissons tomber nos (???) inertes ??? ??? nos efforts à nos efforts, nous reconnaissons notre impuissance et nous gémissons dans le fond de notre coeur. C'est qu'il nous manque un guide qui nous prenne la main. Donnez-nous en un, nous vous en supplions à genoux, pourvu qu'il soit jeune et éclairé : éclairé il nous instruira au nom de notre Dieu par des paroles de douceur qui pénètrent les coeurs et les incitent aux bonnes actions; et jeune il servira de père à nos enfants, pour nous (trop longtemps) courbés sous la misère et l'opprobre de longues années. Notre corps se raidirait contre ses labeurs mais nos enfants pour lesquels nous vous prions, souples et tout verts, grandiront sous la douce influence des français, pourront porter de beaux fruits et ajouter un fleuron à la gloire de notre patrie et un rubis à la couronne de notre roi.

Brouillon de lettre demandant un rabbin français pour les Juifs d'Algérie pour "nous enseigner comment nous nous élèverons à la hauteur de la civilisation française"
Mahir Charleville (1814-1888) né à Metz, formé à l'école talmudique et à l'école rabbinique de Metz, il fait sa carrière à Lyon, Dijon, Paris puis en Algérie au moment de la naturalisation des Juifs d'Algérie par le décret Crémieux en 1870 et enfin à Versailles.