At Rennes (À Rennes)

Londres, Royaume-Uni , 
1899
Inv.
2017.10.001.2
Estampe
Lithographie
Dimensions :
H. 36,5 - L. 49,5 cm
Impression en couleurs sur papier contrecollé sur carton
mahJ

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Description

Dans une salle de tribunal, un homme en tenue militaire se tient debout à la barre devant des juges militaires assis derrière une table; de part et d'autre, journalistes, dessinateur, avocats et assistance de gradés militaires assis

Edition :
Vincent Brooks, Day & Son, Ltd., Londres, 1899

Récemment acquise par le mahJ, cette lithographie anglaise du procès de Rennes en 1899 – qui vit la confirmation en appel de la condamnation d’Alfred Dreyfus suivie d’une grâce présidentielle considérées comme un modèle d’iniquité – représente la lecture du jugement par Théodore Coupois, greffier du conseil de guerre de la 10e région de corps d’armée, le 9 septembre 1899, debout à l’extrême gauche, dans une salle du lycée de Rennes.

La scène, représentée de manière extrêmement précise, est légendée dans un cartouche blanc qui indique les noms des personnes présentes au procès parmi lesquelles des protagonistes de l’Affaire. On y reconnait à gauche, le commandant Maxime (mais la légende est probablement erronée et il doit s’agir du capitaine Jacquier, rapporteur auprès du conseil) et le commandant Carrière, commissaire du Gouvernement qui requit la condamnation avec succès, de profil avec son képi posé sur la table ; à la tribune, le colonel Jouault, président du conseil de guerre, et les juges ; au centre, Dreyfus, digne et droit, a temporairement retrouvé les galons qui lui avaient été arrachés lors de sa dégradation en janvier 1895 ; derrière la tribune du côté droit de la salle, les défenseurs de Dreyfus Me Demange, Me Hild, Me Monira et Me Labori, devant lequel se tient le capitaine des gendarmes ; à droite au premier rang, du plus proche au plus éloigné, le général Mercier, ministre de la guerre de 1893 à 1895, grand ordonnateur de la condamnation de Dreyfus en 1894, en gants blancs, Gabriel  Hanotaux, ministre des affaires étrangères de 1896 à 1898, tenant un haut de forme, le général Zurlinden, ministre de la Guerre en 1895 et 1898, tenant un képi, Jacques Cavaignac, éphémère ministre de la Guerre en 1898, opposé à la révision du procès de 1894, et le général Billot, ministre de la Guerre de 1896 à 1898 ; debout au fond, le colonel Picquart, qui contribua in fine à innocenter Dreyfus ; au second rang, du plus proche au plus éloigné les généraux de Boisdeffre, Gonse et Roget directement impliqués dans la condamnation de Dreyfus ; au premier rang à gauche, un journaliste et un dessinateur de presse.

Cette lithographie met en évidence la solitude du capitaine Dreyfus, littéralement cerné par les dignitaires de l’armée française venus en nombre lors du procès  de Rennes ; les généraux appartenaient alors massivement à une France catholique antidreyfusarde, et étaient, pour beaucoup, passés par les collèges de jésuites que la République allait condamner à l’exil en 1901.

On relèvera que c’est une protestante rennaise, Mme Godard, qui hébergea Lucie Dreyfus, l’épouse du capitaine, durant le procès : « Quand j’ai lu dans les journaux de la localité que personne ici n’osait lui louer et que même plusieurs hôtels avaient refusé de la recevoir, j’ai eu l’idée de lui offrir ma maison. », déclarait-elle au Figaro. Le pasteur Louis Dumas, de Pouzauges en Vendée, écrit alors à Lucie Dreyfus : « Cette maison hospitalière de Rennes m’est apparue comme un symbole : ce n’est pas une de nos coreligionnaires ; c’est, dans sa très grande majorité, le protestantisme français qui vous y reçoit et qui, au milieu de vos malheurs, est heureux de vous offrir un asile. »