Souvenir de tirage au sort (conscription) d'Emmanuel Levy de Bischheim

Alsace, France, 
1835
Inv.
2021.15.003
Dessin
Souvenir de conscription
Dimensions :
H. 29 - L. 18 cm (feuille)
Encre et aquarelle sur papier contrecollé sur carton
mahJ

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Justification de la date
Date inscrite
Historique

Instauré par la Révolution française autour de la notion de soldat-citoyen, le service militaire obligatoire est régularisé en 1798 par la Loi Jourdan qui met en place une conscription universelle et obligatoire de tous les hommes français âgés de 20 à 25 ans. A partir de 1818, seule une partie de chaque classe d’âge effectue un service actif, après tirage au sort. Ce dernier est organisé au chef-lieu de canton, après convocation le même jour de l’ensemble des jeunes gens de vingt et un ans. Si Les plus riches peuvent s’acheter un remplaçant, cette disposition est au départ interdite aux juifs par les décrets dits « infâmes » édictés par Napoléon le 17 mars 1808 pour dix ans à la demande des députés alsaciens, le passage par l’armée étant supposé les « régénérer », selon la terminologie de l’époque.
Au 19e siècle, la conscription s’accompagne dans toutes les régions françaises d’un long rituel d’intégration pour les jeunes gens de la classe d’âge concernée. Outre le tirage au sort et le passage en conseil de révision, les « conscrits » organisent durant l‘année de nombreux moments festifs – défilés costumés, chants, bals et banquets – qui sont autant d’occasion d’affirmer de manière tapageuse leur patriotisme et leur virilité. Véritable rite de passage vers l’âge adulte, considéré comme un prélude au mariage, la conscription donne lieu en Alsace, à la réalisation de tableaux-souvenirs reproduisant le numéro tiré, qui viendront orner le futur foyer du jeune-homme.

Réalisé en 1835, année de la conscription, ce tableau souvenir est orné d’une corbeille de fleurs, au-dessus d’une balance symbolisant sans doute le principe du tirage au sort, et de couteaux évoquant peut-être le métier de boucher, fréquent chez les juifs de l’Est de la France. L’image comme le cadre en bois fruitier sont caractéristiques de l’art populaire alsacien du milieu du 19e siècle. L’objet ne traduit en rien la judéité de cet Emmanuel Levy de Bischheim – importante communauté implantée à proximité de Strasbourg avant la Révolution alors que la ville leur était interdite –, témoignant au contraire de la parfaite intégration du jeune homme à la culture populaire locale.

Description

Feuillet avec inscriptions en français et décor aquarellé d'inspiration populaire avec vase de fleurs et symboles (couteau de boucher et balance).
Cadre d'origine en bois fruitier.

Langue
Français
Inscriptions
Clas[s]e de 1835/ canton de Schiligh./ N° 137/ Le Sieur Emanuel Levÿ de Bischheim/ E.L.
Bibliographie
Alexandre Tourscher, « Bons pour la fête : les rituels de conscription en Alsace », Revue d’Alsace, n° 141, 2015, p. 363-377