Glass II

NINIO, Moshe
, Tel Aviv, 1953
Tel-Aviv, Israël, 
2012
Inv.
2013.19.001
Photographie
Dimensions :
H. 105,5 - L. 72,5 cm
Impression jet d'encre pigmentaire
mahJ, 
Acquis en 2013 avec le concours d’un groupe de collectionneurs et la participation du Fram-Île-de-France

Pour toute demande de reproduction veuillez contacter la photothèque.

Description

Vue centrée de l'intérieur de la cellule vitrée vide qu'occupait Adolf Eichmann lors de son procès à Jérusalem en 1961: en partie inférieure, sol, garde corps et comptoir en contre plaqué teinté; en partie supérieure, cage en verre quatre faces

Moshe Ninio, né en 1953 à Tel-Aviv, occupe une place singulière et centrale au sein du paysage artistique contemporain. Il produit peu de pièces qui font l’objet d’une longue maturation et d’une élaboration rigoureuse. Son processus créatif peut s’apparenter à une exploration médico-légale.
« Ce qui m’intéresse ce n’est pas ce que l’image peut montrer, c’est sa nature, son degré de présence, sa relation avec le spectateur. Les images sont des lieux de passage. » L’hologramme est ainsi au cœur de son œuvre. Dans Rainbow Rug (plaque « miroirique » recelant l’image holographique d’un tapis), une de ses pièces les plus passionnantes inspirée des Ambassadeurs de Hans Holbein, l’image surgit – comme une apparition – et évolue au gré de la déambulation du regardeur.
Glass II – photographie encadrée d’une cellule vitrée vide – est la deuxième des trois étapes d’un processus de passage de photographie à image. À chacune de ces étapes, différents « symptômes » subtils apparaissent ou disparaissent.
Ce que l’on voit, c’est l’intérieur de la cellule blindée dans laquelle fut isolé Adolf Eichmann au cours de son procès à Jérusalem en 1961. Cette cellule est exposée en Galilée, au musée des Combattants des ghettos (Beit Lohamei Hagetaot), comme témoignage historique.
Glass I, la première étape de cette œuvre, est composée à partir de deux photographies prises depuis l’intérieur de la cellule : dans l’une, le point est fait sur la vitre, dans l’autre sur la source de lumière.
Glass II a été construit à partir de la superposition des deux prises de vue : de gauche à droite et de droite à gauche – avec pour résultat des contours tremblés et l’émergence d’une tache de Rorschach au centre du panneau de bois, sans doute à l’endroit où le genou d’Eichmann entrait en contact avec le bois. Selon Moshe Ninio, c’est une œuvre-dibbouk, de laquelle émerge une forme diabolique, une aura négative qui, d’une certaine manière, dicte la dimension du tirage.
Glass II est photographié d’un point duquel aucune photographie n’a été prise : depuis la place de l’accusé. La partie arrière de la cellule correspond au cadre de la photographie. L’encadrement de la photographie répète l’encadrement de la cellule, la vitre du cadre devient la vitre de la cellule ; le mur sur lequel la photographie est accrochée est le mur qu’on voit de l’intérieur de la cellule.
Ce que montre Glass II est la preuve (photographique) de la preuve (la cellule) d’une procédure légale historique qui visait à examiner des preuves – un procès historique qui soulevait, entre autres questions, celle du rôle du témoignage et aujourd’hui de la mémoire.