Héritage inespéré

Objets cachés au cœur des synagogues
Nouveauté

Claire Decomps (sous la direction de)

2017

208 pages

250 illustrations

21 x 28 cm

Broché

Français

ISBN : 9782351251454

Musées de la ville de Strasbourg

35 €

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Le présent catalogue offre, pour la première fois en France, une étude approfondie de la découverte, en 2012, d’une genizah sous le plancher des combles de la synagogue de Dambach-la-Ville. Il présente aussi d’autres genizot régionales plus modestes tout en replaçant le propos dans un contexte européen.

Le lecteur y découvrira, au-delà de la charge émotionnelle de ces humbles vestiges, la vie quotidienne d’une petite communauté juive rurale sous ses aspects les plus variés et son évolution des débuts de l’ère moderne à la fin du XIXe siècle

La genizah de Dambach-la-Ville : une découverte archéologique majeure

L’événement scientifique et patrimonial n’a pas été appréhendé à sa juste mesure, mais le sauvetage, en 2012, de la genizah – un dépôt d’objets et de textes religieux, destinés à être enterrés en bonne et due forme – de la synagogue de Dambach-la-Ville doit être considéré, à tous égards, comme une découverte archéologique majeure. En effet, la mise au jour, dans les combles du bâtiment, de plus de neuf cents objets et documents liés au judaïsme, dont les dates s’échelonnent sur six siècles, est sans précédent en France. C’est la première fois dans notre pays qu’une genizah est identifiée in situ, permettant la préservation raisonnée d’une part importante des objets déjà dégagés mais menacés de destruction ; c’est aussi la première fois que l’on applique des méthodes de documentation archéologique au dégagement du mobilier encore recelé dans le bâtiment. Les objets « exhumés » concernent un large spectre chronologique, éclairant la vie des communautés juives alsaciennes du XIVe au XIXe siècle ; ils illustrent notamment de la circulation des hommes et des idées dans le monde juif européen, largement au-delà de l’aire rhénane. En outre, la typologie des documents est beaucoup plus large que ne le laisseraient supposer les prescriptions religieuses s’appliquant à une genizah ; ce corpus inattendu met en évidence la réalité des usages et non la norme, comme il advient fréquemment avec les vestiges archéologiques. Enfin, pour l’exposition « Héritage inespéré. Objets cachés au cœur des synagogues », le corpus de Dambach a été mis en relation avec ceux d’autres genizot alsaciennes, permettant des comparaisons portant sur plus de deux mille items, avec des méthodes de traitement quantitatif analogues à celles utilisées en archéologie.

Le caractère fortuit de la découverte de Dambach et les conditions précaires de l’intervention des « sauveteurs » de la Société d’histoire des israélites d’Alsace et de Lorraine (Shial), sous la conduite de Claire Decomps, conservatrice à l’Inventaire de Lorraine, montrent à quel point la France est encore mal informée de l’existence de ce patrimoine. Car la transformation, tout à fait officielle, de ce bel édifice synagogal du XIXe siècle en centre culturel aurait dû susciter, de la part des services de l’archéologie, une prescription de diagnostic archéologique et une surveillance des travaux de nature à repérer la genizah dans les combles ; d’autant que sa présence est normale eu égard aux prescriptions religieuses du judaïsme. Comme Claire Decomps le rappelle dans cet ouvrage, les sauvetages partiels, dans des conditions plus précaires encore, du contenu des genizot de Mackenheim (1981), de Bergheim (années 1990) et de Horbourg (2015), démontrent à l’envi que la configuration de Dambach n’est pas un cas unique. Mais il a fallu la vigilance et le formidable engagement des bénévoles de la Shial, ainsi que l’investissement personnel du seul conservateur de l’Inventaire spécialiste de l’histoire du judaïsme en France pour que le trésor de Dambach ne parte pas à la benne.

Cette situation n’est pas spécifique à Dambach. En effet, malgré le développement, depuis les années 1990, de l’archéologie préventive en France (la recherche précédant les travaux d’aménagement du territoire), rares sont encore les sites fouillés, diagnostiqués ou simplement repérés concernant le judaïsme : quatre synagogues attestées ou présumées (Lagny, Montpellier, Provins, Trets), trois cimetières (Châlons-en-Champagne, Châteauroux, Ennezat), une crypte à vocation funéraire (Lyon), deux bains rituels (Cavaillon, Oloron-Sainte-Marie), deux stèles funéraires hors contexte (Bourges et Chartres), une stèle à la vocation discutée (Paris), un dépotoir (Metz), une école talmudique (Orléans), sans omettre les graffiti de Drancy et les dessins muraux du camp des Milles. Il s’agit d’une modeste moisson si l’on se souvient que les archives textuelles et la toponymie nous renseignent sur des communautés juives au Moyen Âge dans plus de cinq cents villes et villages de France. Parmi des milliers de fouilles conduites depuis deux décennies – toutes périodes et tous domaines confondus – on devrait voir apparaître des vestiges, urbains notamment, témoignant de la présence juive médiévale. Mais trop rares encore sont les archéologues informés de l’existence d’un patrimoine archéologique légué par les communautés qui vécurent dans notre pays jusqu’aux expulsions qui s’échelonnèrent entre 1182 et 1501. Trop rares aussi ceux qui s’intéressent au patrimoine des communautés qui purent subsister ou se reconstituer au marges du royaume (Comtat Venaissin, Lorraine, côte Aquitaine, Alsace) jusqu’à l’Émancipation, puis dans toute la France à partir de 1791.

Cette petite vingtaine de sites permet néanmoins de faire progresser la connaissance sur deux mille ans de présence que l’historiographie, comme l’archéologie, a tendance à omettre. Car, hormis quelques spécialistes d’histoire juive, les historiens oublient eux aussi trop souvent que des communautés juives vivaient sur le territoire de la France actuelle dès l’Antiquité. Sans les expulsions médiévales, on connaîtrait des synagogues dans nombre de villes et de villages ; les bâtiments existent probablement encore dans les centres anciens, que l’on ne sait pas situer faute d’étude systématique. On peut espérer que les recherches futures, associant archéologues et historiens, permettront de les retrouver : au-delà de l’histoire des communautés juives, c’est de l’histoire de France qu’il s’agit. Mais il est plus que probable que leurs genizot auront disparu. On n’en mesure que mieux l’importance de celle de Dambach.

Paul Salmona
Directeur du musée d’art et d’histoire du Judaïsme