Moïse Figures d'un prophète

14 octobre 2015 - 21 février 2016

Michel-Ange (1475-1564), Moïse, tombeau de Jules II — 1513-1515,
Rome, basilique Saint-Pierre-aux-Liens
© Jemolo/Leemage

Michel-Ange (1475-1564), Moïse, tombeau de Jules II — 1513-1515,
Rome, basilique Saint-Pierre-aux-Liens
© Jemolo/Leemage

À travers 150 peintures, dessins, gravures, objets d’art, manuscrits, livres et extraits de films, cette exposition rend compte de l’importance et de la diversité des représentations de Moïse dans la culture occidentale, de l’Antiquité à nos jours.

Tarifs et réservation 

Plein tarif : 7
Tarif réduit (18 à 25 ans, familles nombreuses, Amis du Louvre) : 4,50
Prévente au musée et à la FNAC (supplément de 1 € sur le prix du billet)

Elle souligne les enjeux philosophiques, religieux, politiques et artistiques de l’iconographie mosaïque, notamment les usages de la figure du prophète comme archétype du libérateur aux XIXe et XXe siècles.

Dès l’Antiquité, malgré l’interdiction de représentation dont il fut le messager (deuxième commandement), Moïse est le prophète le plus fréquemment figuré dans l’iconographie biblique. Au IIIe siècle déjà, au cœur du monde juif, dans la synagogue de Doura Europos (dans la Syrie actuelle), on trouve d’importantes fresques relatant des scènes de la vie de Moïse.

Des manuscrits médiévaux richement enluminés aux peintures de Nicolas Poussin, sources juives et chrétiennes dialoguent tout au long des temps modernes. La traduction et l’édition des textes antiques par les chrétiens assurent à l’histoire de Moïse un rayonnement sans précédent dès le XVIe siècle. Avec les débuts de l’édition hébraïque à Venise et à Prague, les juifs utilisent à leur tour ces images chrétiennes pour élaborer leur propre iconographie. S’appuyant sur la diversité de ces sources, l’exposition dresse un portrait de Moïse qui explore sa singularité et retrace les épisodes marquants de l’Exode.

Dans l’Europe des temps modernes, la représentation de Moïse cristallise de nombreux enjeux politiques, religieux et philosophiques, dont les artistes sont les vecteurs. Moïse est avant tout présenté comme la préfiguration la plus aboutie du Christ, ses miracles annonçant les sacrements de l’Église. Alors que les princes catholiques légitiment leur autorité temporelle en s’identifiant à l’image du Moïse législateur, les protestants se projettent sur l’histoire du peuple élu, persécuté par Pharaon, et exaltent le prophète libérateur, pour développer une rhétorique de résistance.

Au tournant du XXe siècle, de la Palestine aux États-Unis, Moïse devient l’incarnation symbolique des désirs d’émancipation qui agitent les communautés juives et les Noirs américains. Les écrits de Theodor Herzl, « Moïse moderne », icône du libérateur visionnaire et source d’inspiration pour les nouveaux artistes juifs, sont lus avec intérêt par les intellectuels noirs américains. Leurs tentatives d’émancipation sont elles-mêmes encouragées par les journaux sionistes new-yorkais. Ébauchés avec le combat abolitionniste, les échanges entre juifs et Noirs culminent dans la lutte pour les droits civiques à partir des années 1950. Martin Luther King, qui multiplie les références à Moïse et au destin des juifs, entretient un dialogue fécond avec le rabbin Abraham Heschel.

Moïse est le prophète qui a vu Dieu et dialogué avec Lui, qui a fait l’expérience de l’ineffable, puis est redescendu en témoigner auprès des hommes. Les artistes en ont ainsi fait une figure tutélaire, celle du visionnaire, du prophète et de l’intercesseur qui guide, ouvre de nouvelles voies, cherche de nouvelles lois. L’exposition s’achève sur l’identification intime et stimulante des artistes au fondateur du judaïsme, à partir notamment du célèbre Moïse de Michel-Ange, sculpté pour le tombeau du pape Jules II à Rome et magnifiquement filmé par Michelangelo Antonioni en 2004.

Entretien avec Paul Salmona, directeur du Mahj, et Sonia Fellous, historienne et conseillère scientifique de l'exposition "Moïse. Figures d'un prophète", présenté par Yaël Hirsch d'akadem

En partenariat avec Akadem

Entretien avec Anne Hélène Hoog, commissaire de l’exposition, et Benoit de Sagazan, rédacteur en chef du Monde de la Bible

Commissariat de l’exposition

  • Anne Hélène Hoog, conservatrice de la collection historique et des judaica du Mahj, commissaire générale
  • Matthieu Somon, doctorant, université Paris I, Centre allemand d’histoire de l’art, commissaire
  • Matthieu Léglise, doctorant, université Paris I, commissaire
  • Sonia Fellous, CNRS-IRHT, université Paris I, conseillère scientifique
  • Avec le concours de Nathalie Hazan-Brunet, conservatrice de la collection moderne et contemporaine du Mahj

Scénographie
Studio Tovar : Alain Batifoulier et Simon de Tovar

Graphisme
Cécile Philibert