Léon Weissberg Entraygues, 1942 Donation Lydie Lachenal

du mercredi 8 novembre 2017 jusqu'au dimanche 21 janvier 2018
Léon Weissberg
Clown, écuyère et chien, 1942

Léon Weissberg
Clown, écuyère et chien, 1942

Accrochage dans la salle dédiée à l'École de Paris, parcours permanent du musée

Lieu 

Collections permanentes

La donation par Lydie Lachenal, fille de l’artiste, de dix tableaux de Léon Weissberg peints en 1942 permet de témoigner de sa force intacte de création dans les derniers mois de son existence, tout autant que de compléter le fonds d’œuvres de Weissberg conservé par le mahJ.

Né en Galicie, alors dans l’Empire austro-hongrois, Weissberg (Przeworsk, 1895 – Maïdanek, 1943) entre, en 1911, à l’école des Beaux-Arts de Vienne puis, en 1919, à l’académie royale de Peinture de Munich. À la fin de ses études, il entreprend plusieurs voyages, notamment en Hollande où il découvre l’œuvre de Rembrandt qui l’influencera longtemps. Il s’installe à Paris en 1923 et se lie d’amitié avec de nombreux peintres que l’on rattache au cercle de l’École de Paris, et notamment Sigmund Menkès (Lviv, 1896 – New York, 1986), Alfred Aberdam (Lviv, 1894 – Paris, 1963), Joachim Weingart (Drohobytch, 1895 – Auschwitz, 1942) avec lesquels il forme le « groupe des Quatre ». Il expose dès 1925 dans plusieurs salons et galeries parisiennes, notamment au salon d’Automne, à la galerie Zak ou encore la galerie Bonaparte. En 1935, il fonde l’association des Artistes juifs de Paris en réplique aux violences antisémites en Allemagne.

En 1942, Léon Weissberg est en résidence forcée à Entraygues-sur-Truyère, dans l’Aveyron, souhaitant demeurer proche de sa fille, alors collégienne à Rodez. L’artiste réside dans l’auberge du village, et survit grâce à un contrat avec le marchand Vladimir Raykis, qui vend certaines de ses œuvres aux États-Unis. Les tableaux, qu’il parvient à produire dans ces conditions précaires sur des matériaux de récupération (carton, fibrociment), frappent par la vivacité de leurs couleurs et des thèmes abordés : paysages riants, jeunes filles, mais aussi de nombreux clowns qui reviennent de façon obsédante. Double ambivalent de l’artiste, le clown semble répondre au besoin d’évasion de Weissberg, tout autant que souligner son profond désespoir.

En effet, cette année-là, il peint également Le vieux clown, connu comme l’unique autoportrait de sa production. Se représentant arborant une collerette de Pierrot, l’artiste nous adresse un regard meurtri et saisissant. Se faisant, il s’inscrit dans une histoire de l’art qu’il connaît parfaitement, celle qui, depuis le Pierrot de Jean-Antoine Watteau jusqu’aux clowns et acrobates de Pablo Picasso, associe la figure de l’artiste à la mélancolie affleurant derrière le personnage de l’amuseur public. « Le clown est le révélateur qui porte la condition humaine à l’amère conscience d’elle-même. », affirme Jean Starobinski dans son essai Portrait de l’artiste en saltimbanque (1970). Quelques mois plus tard, le 18 février 1943, deux gendarmes viennent arrêter Weissberg. Il est interné à Gurs, puis à Drancy. Le 6 mars 1943, il est déporté sans retour par le convoi n° 51 et assassiné à Maïdanek. Son atelier parisien sera pillé sous l’Occupation et ses tableaux dispersés.