Les juifs en Europe orientale

7. Les juifs en Europe orientale

En Europe orientale (Lituanie, Ukraine et Pologne), les communautés ont longtemps joui d’une grande autonomie politique, économique et religieuse. Cependant, de 1648 à 1657, l’insurrection des cosaques ukrainiens conduits par Khmelnytskyï ravage les communautés. Leur statut autonome disparaît dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, dans les suites des partages de la Pologne entre l’Empire austro-hongrois et l’Empire russe.

Les bouleversements des frontières politiques, l’expérience toujours renouvelée de l’insécurité face à l’hostilité chrétienne et les brassages de populations marquent la vie juive des Temps modernes. Vivre au sein de la culture chrétienne a opéré des changements intellectuels profonds dans le judaïsme européen.

En Europe centrale émerge une renaissance spirituelle marquée par une profonde pensée messianique, un mysticisme et un piétisme nouveaux (le hassidisme) tandis qu’en Europe occidentale, les communautés s’ouvrent à la modernité en recomposant un judaïsme marqué par la philosophie humaniste et rationaliste issue des milieux chrétiens.

 

L’architecture des synagogues du Yiddishland

Maquette de la synagogue de Wolpa (Biélorussie)
Réalisée vers 1950

Maquette de la synagogue de Wolpa (Biélorussie)
Réalisée vers 1950

Édifiées en Pologne, en Ukraine et en Lituanie dans la seconde moitié du XVIe siècle et durant le XVIIe siècle, les synagogues de bois constituent un phénomène remarquable de l’architecture synagogale traditionnelle, tant par l’unité de leur style que par l’intense créativité artistique qui s’y déploya. Si leurs auteurs se sont inspirés des constructions en bois locales, notamment des églises, ils se sont appliqués à les en distinguer, essentiellement par les toits, à deux ou trois niveaux, à trois ou quatre pentes, en forme de pagode, structurés par l’assemblage souvent apparent de la charpente. Les synagogues de Wolpa ou de Zabłudów en Biélorussie actuelle sont très représentatives de cette architecture.

Ces synagogues comprenaient une vaste enceinte à deux étages, soit carrée, soit rectangulaire, où n’étaient admis que les hommes ; elles possédaient une ou plusieurs annexes réservées aux femmes et aux activités communautaires. Contrastant avec l’austérité extérieure du bâtiment, l’intérieur était orné avec profusion et élégance de peintures polychromes, d’inscriptions et de décors de bois sculpté dénotant, chez les plus anciennes, une forte influence de la Renaissance italienne et, chez les plus récentes, celle du baroque. La nef de la salle principale était surmontée d’une coupole en bois portée par des piliers et dont la voûte était décorée de motifs animaliers, floraux et zodiacaux. Au centre de la salle se dressait l’estrade (almemor ou bimah), entourée d’une balustrade à colonnettes, droites ou torsadées, soutenant un dôme aux arcades de bois sculpté. Adossée ou encastrée dans le mur oriental, l’arche sainte (aron ha-qoddesh), en bois sculpté, était ornée de motifs traditionnels : tables de la Loi, lion, couronne, temple, mains bénissantes. Si la plupart des synagogues en bois se trouvaient au sein de bourgades et avaient des proportions assez modestes, les synagogues des villes formaient des édifices en maçonnerie beaucoup plus imposants, semblables à des forteresses. Le plus souvent construits hors les murs, ces bâtiments, à toits plats et à parapets garnis de créneaux, offraient un refuge sûr lors des pogroms et des guerres et servaient également de prisons à la disposition des autorités communautaires. À l’intérieur de la salle principale, la bimah a été incluse dans une structure architecturale constituée par quatre hauts piliers, caractéristique de la typologie des synagogues-forteresses.

La quasi-totalité des synagogues de bois a aujourd’hui disparu ; elles ont été détruites au cours de la Première et surtout de la Seconde Guerre mondiale ; plus solides, certaines synagogues-forteresses, dont la Vieille Synagogue de Cracovie, ont résisté à la tourmente.

Le Hassidisme

Joseph Budko
Illustration pour les Légendes hassidiques de Samuel Lewin
Berlin, Vers 1923

Joseph Budko
Illustration pour les Légendes hassidiques de Samuel Lewin
Berlin, Vers 1923

Au XVIIIe siècle, un rabbin de Podolie, Israël ben Eliezer (1700-1760), court les bois pour célébrer la présence de Dieu dans la nature et les villages, pour distribuer ses conseils et proposer ses remèdes. Sa sainteté et sa piété lui valent un « bon renom » (en hébreu, Ba’al Shem Tov) qui perce sous l’acronyme BeShT par lequel on le désigne couramment. Il veut célébrer Dieu en tous lieux et le servir dans la joie en toutes occasions. L’attachement (deveqout) au Créateur constitue la vocation de tout homme qui croit que l’univers entier est plein de sa présence.

Le BeShT ne tient pas de longs discours, n’invoque pas de grands principes, ne profère pas de menaces ; il raconte de merveilleuses histoires pour mieux inciter ses auditeurs à vouer leur existence à la célébration de Dieu. Ses premiers disciples forment de petites communautés dont les membres (hassidim) vénèrent le maître, le tsaddiq, s’en remettant à sa médiation pour poursuivre leur cheminement sur terre et gagner leur place au ciel. Ils sollicitent ses conseils, recherchent sa compagnie, ont pour lui des égards dignes d’un prince. Bientôt, un peu partout en Europe de l’Est, de nouveaux maîtres créent de nouvelles communautés, recrutant leurs disciples au sein de couches populaires harassées par la misère et l’attente du Messie. Les hassidim trouvent dans les idéaux de piété et d’enthousiasme du nouveau mouvement religieux une consolation et une vocation : ils sont investis de la délicate et exaltante mission de ranimer, par leurs prières, les étincelles de la divinité exilée et dispersée avec le peuple d’Israël et d’en restaurer l’éclat et le règne dans le monde.