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Musée d'art et d'histoire du Judaïsme

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2001
 
Le Juif errant, un témoin du temps

Du 24 octobre 2001 au 24 février 2002

Le Juif errant, un témoin du temps

François Georgin, Le Juif errant
Epinal, 1826-1830
© MAHJ

Si l’on se met en quête d’img en miroir qui puissent rendre compte de la façon dont les Juifs étaient perçus en Occident et particulièrement en France, il n’y a guère de thème plus amplement répandu, et cela de façon continue, que celui du Juif errant.

On rencontre en effet le Juif errant dans tous les pays d’Europe, à chaque tournant de l’histoire, à la fois comme témoin de l’avènement du christianisme et investi de missions auprès de ses contemporains. Il ne faut guère s’y méprendre : le Juif errant dépasse largement sa propre légende ; repenti, converti, le voilà presque saint homme ; il semble traverser des paysages qui allient tantôt les charmes de la mer et de la montagne tantôt ceux de la ville ou de la campagne, répandant avec dignité la bonne parole.

Mais on le croise aussi comme une figure inquiétante, inspirant une frayeur immense : on raconte qu’il s’est défié du fils de Dieu, qu’il brave les lois de la nature et reste à jamais étranger à la société.

Les ambivalences fondamentales de ce personnage qui devient une sorte d’image protéiforme ont fait de lui un réceptacle inespéré des visions mêlées des Juifs issues de cadres sociaux, historiques ou culturels extrêmement divers ; cette figure forme donc un riche support d’analyse pour l’évolution historique des relations de l’Occident chrétien avec ses populations juives.

Pourquoi, pour un musée consacré à l’exploration de la culture juive, avoir choisi ce sujet très chrétien – trop chrétien même, pourrait-on dire.

La légende du Juif errant appartient à un registre du discours chrétien que la hiérarchie catholique a elle-même renié, trop tardivement, après des siècles de persécutions et de malheurs pour le peuple juif. Était-ce bien nécessaire de choisir un thème périlleux qui résonne de sombres souvenirs et de maints dangers ? Pourtant, la conjonction entre différents facteurs – le tournant dans l’historiographie des religions monothéistes et en particulier le réexamen des développements respectifs des doctrines juives et chrétiennes, le caractère clairement français de la légende du Juif errant, en tout cas dans son grand épisode du XIXe siècle – nous ont convaincus que ce thème méritait d’être traité ici et maintenant. Plus que tous les phantasmes qui ont agité le Moyen Âge occidental et causé la mort et le tourment de communautés entières, le mythe du Juif errant revêt des qualités multiples et contradictoires qui rendent possibles ses vies nombreuses ; mais ces paradoxes seuls n’auraient pas suffi pour expliquer sa fortune littéraire et artistique, ses résurrections sous les formes les plus inattendues, du héros de la laïcité au paria et au prolétaire, et surtout la grande vague d’appropriation de cette figure par les Juifs eux-mêmes à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.
C’est à la fois la double conviction que la légende du Juif errant est surtout une histoire française, notamment à partir du XIXe siècle, et qu’il y a une histoire juive du Juif errant – certes plus évidente dans ses avatars contemporains – qui nous a persuadés d’entreprendre ce projet difficile. Ce thème nous a semblé plus approprié que d’autres pour examiner la genèse de mythes qui se sont développés dans le contexte de l’antijudaïsme chrétien et pour démontrer – s’il en était encore besoin – l’extrême capillarité réciproque des imaginaires religieux et eschatologiques.

Nous espérons que le temps est venu de regarder avec plus de sérénité certains sujets et que le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme aura su trouver le ton juste pour aborder de nouveaux rivages dessinés par les termes d’un dialogue renoué entre les religions.

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