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Musée d'art et d'histoire du Judaïsme

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L'hôtel d'Avaux (1644-1650)

Fronton Fronton

L'hôtel est bâti en 1644-1650 pour Claude de Mesmes, comte d'Avaux, qui sert Richelieu et Mazarin dans les négociations des traités de Westphalie (1648). Connu pour sa Manière de bâtir pour toutes sortes de personnes (1623) et recommandé par la qualité de ses châteaux de Chavigny, de Pont et de Tanlay (1638-1645), l'architecte Pierre Le Muet (1591-1669) en dresse les plans.

L'hôtel est construit sur une grande parcelle irrégulière où s'élevait l'hôtel familial, hérité par Claude d'Avaux en 1642. Ayant abattu le vieux bâtiment, Le Muet adopte le plan usuel des grands hôtels aristocratiques, corps de logis principal en retrait de la rue, au fond d'une grande cour légèrement rectangulaire, pour qu'on ait l'impression en entrant qu'elle est carrée, aile unique en retour à droite (cuisine, salle du commun et salle à manger au rez-de-chaussée, grande galerie à l'étage, comme à l'hôtel de Sully dans ses dispositions primitives). Un passage conduit à la petite basse-cour, où remises et écuries ont une issue directe sur la rue. À gauche, Le Muet donne au mur mitoyen, qui correspond au mur de Philippe Auguste, une ordonnance symétrique de l'aile droite, avec pilastres et fausses fenêtres, créant ce qu'on appelle un mur «renard».

Paul de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan, qui rachète l'hôtel en 1688, fait aménager la galerie en appartements, et, pour les desservir, construit un escalier en partie en porte à faux sur la basse-cour. Il tire parti d'une petite parcelle mitoyenne, acquise d'un voisin, qui permet d'agrandir l'aile droite sur le jardin, il y installe des petits appartements. Il fait redessiner par André Le Nôtre le jardin - parterre, bassin et treillage.


Musée Façade

Saisi en 1792, l'hôtel devient le siège de la septième municipalité en 1795, puis du septième arrondissement jusqu'en 1823, avant d'être partagé en locaux commerciaux de toutes sortes, ce qui entraîne surélévations et adjonctions. Après l'achat en 1962 de l'hôtel par la Ville de Paris et son classement (1963), les travaux de restauration s'étendent sur plus de vingt-cinq ans, avec de longues interruptions. Aux adjonctions de 1690 près, et avec quelques erreurs (lucarnes côté cour, plafond de l'étage plus bas que les voussures des fenêtres), les travaux de restauration et pour partie (toitures, escalier) de restitution, qui se concluent en 1998, ont rendu à l'hôtel son ordonnance primitive, et à l'art français une des plus hautes expressions de l'atticisme architectural parisien au temps de la régence d'Anne d'Autriche.

Le grand escalier

Coupole Coupole

L'architecte italien Vincenzo Scamozi, qui voyage en France au début du XVIIe siècle, s'étonne qu'on entre par l'escalier, même dans les grandes maisons. L'hôtel Sully est encore ainsi disposé, mais, vers 1640, l'usage du vestibule, jusque-là exceptionnel, commence à se généraliser. Ici, comme au château de Maisons, un vestibule, traité noblement, à l'antique, avec niches et pilastres, précède l'escalier.

Mais, si les aménagements du XIXe siècle avaient préservé le vestibule, l'escalier avait été totalement détruit. N'en subsistaient plus que des traces archéologiques (encoches des marches dans les murs de la cage, arrachement des voûtes soutenant les paliers, balustres et fragments de limons), qui, avec les plans publiés par Le Muet, permettraient néanmoins de restituer graphiquement l'escalier, que le parti de restauration a choisi de reconstruire.

Le Muet propose là une variation sur le nouveau modèle d'escalier inventé par François Mansart, spectaculaire et inachevé à Blois, plus modeste mais achevé à Maisons. Les volées ne montent qu'au premier étage ; pour gagner le second, il faut emprunter un petit escalier placé sur le côté ; et le palier supérieur fait le tour de la cage autour d'un jour ovale, qui permet de voir d'en bas la calotte sommitale.

La perspective en trompe l'œil sur la calotte est une création moderne qui s'inspire d'une esquisse (en fait de la seule quadratura, à l'exclusion de la scène) proposée pour l'hôtel d'Avaux, mais légendée explicitement «poin fait». Elle prend à contre-pied le parti de Claude d'Avaux et de Le Muet. Ce dernier, meilleur représentant parisien de l'atticisme culturel, avait choisi de laisser la calotte blanche.

La salle à manger

Salon de thé Salle à manger, actuellement extension de la librairie
©Mahj, DR

Vers 1640, l'usage de la salle à manger commence à se répandre dans les grands hôtels parisiens. L'architecte Le Muet la dispose ici habilement dans l'aile en retour, à proximité de la cuisine, mais séparée des pièces de service par le passage qui conduit à la basse-cour.

La pièce a reçu un décor peint en grisaille qu'on peut dater des premiers travaux, avant 1650. Ce décor, dont ne parle aucun des anciens guides de Paris, avait été oublié et recouvert. Lors de la première campagne de restauration, il n'avait pas été repéré et fut encore endommagé. Découvert lors d'une deuxième campagne plus soigneuse, il réapparaît aujourd'hui, fragmentaire : la disposition symétrique des motifs permet de le restituer graphiquement presque entier, mais une restitution complète nuirait aux parties authentiques.

Aucun marché n'a été retrouvé, mais le style, d'une franche romanité, rappelle le décor en grisaille de la galerie du château de Tanlay, peinte en 1646 par Rémy Vuibert (1600-1652), précisément sous le contrôle de Le Muet. Comme Tanlay, cet ensemble est l'un des fleurons du classicisme serein qu'on qualifie aujourd'hui d' «atticisme». Le goût pour les figures et les ornements à l'antique, la peinture claire ou monochrome, les compositions équilibrées et les figures aux drapés serrés, triomphe à Paris dans les années 1640, après le passage de Poussin. Rémy Vuibert en est l'un des grands représentants.
Claude Mignot

 
 

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